Que l’Art se fasse jour

Publié: 02/10/2013 dans Culture

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans les nuages parmi les chaises, il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

« Un homme qui marche a besoin d’un vis-à-vis à l’envers pour souligner son mouvement »

Marc Chagall

Tàpies - Catalunya

Entre deux phrases, entre deux phases, entre deux analyses électorales, entre deux tracts contre l’abstention, entre deux campagnes, entre deux visites de quartier, entre deux apostrophes, entre deux théâtres, entre deux pages, entre deux mags, entre deux zaps, entre deux demandes, entre deux photos, entre deux débats, entre deux entre-deux… Entre deux interpellations. Je m’arrête.

Je me pose à la table de quelques gardiens de la plume. Je hume les doux parfums de l’amitié. Au détour d’un mot apparaît un nom devenu commun. « Art ». Libérées, mes menottes s’agitent. Les mains battent l’air chaud, font des ronds-ronds juste au-dessus d’une petite table carrée. Par définition, les airs sont chauds lorsque l’on sème dans une salle bientôt humide. Alors, la discussion fuit et les idées pleuvent. Les noms, ainsi mouillés, se font propres. Tàpies, Miro, Picasso, Mondrian. Les failles du temps se lézardent. On les remonte à la vitesse qu’il faut pour remplir un verre d’O-et-de-là. Monet, Gauguin, Goya, Van Eyck, Fra Angelico,…

Comment accède-t-on à l’Art ? Que faut-il pour saisir une œuvre ? Nous ne sommes pas d’accord donc on se ressert un verre. Je reste aux eaux. Ils avancent vers les coupes couleurs de rose.

Pour certains, saisir l’Art revient, d’abord et avant tout, à un travail d’accumulation de savoir. « Tu ne peux pas, véritablement, entendre une œuvre sans connaître tout ce qui l’entoure : l’histoire de l’œuvre, le parcours de l’artiste, le contexte. Sans cela, tu passes à côté de l’essentiel. Tu te contentes d’émotions ». Mon premier réflexe est justement de répondre par l’émotion. L’Art n’est-il pas l’un des leviers permettant de passer d’un monde rationnel à un monde sensible ? La sensibilité n’a rien à voir avec la sensiblerie. L’humain n’est pas qu’un amas d’idées à la raison plus ou moins raisonnable. Il n’est pas non plus une montagne de muscles. L’humain c’est un corps et un cœur. L’émotion y est un fil reliant ces deux pôles. L’art étant l’une des pratiques les plus humaines qui soient, il m’est évident qu’il est avant toute chose une question d’émotions. Plus que tout, cette posture considérant qu’il faut savoir avant de saisir me glace les sangs. Cela voudrait dire que beaucoup de nos potes seraient condamnés à ne jamais rien recevoir de l’art car tout le monde n’a pas reçu d’éducation artistique, soit par héritage familial, soit par formation scolaire. De mon point de vue, l’émotion est le cœur de toute démarche artistique, de l’artiste comme du public. Pleins d’Amour et de mots (pour certains de maux), la discussion s’achève là sur une dissonance.

Et puis, au matin calme d’une journée lorrainement ensoleillée, réveillée par quelques mèches rousses aux ondulations vénitiennes, la lumière entre. D’abord, elle perce le vieux volet, se fraye un chemin entre les lattes au bois ravagées par des heures accumulées au service de la protection d’un carreau de verre tout aussi fatigué. Ensuite, elle vient me chatouiller les paupières et le bout du nez dans le but de finir le difficile (parfois dangereux) travail de réveil. Enfin, cette lumière fait le jour en ces mots : « tu comprends que l’éducation artistique est essentielle, mais tu défends un autre point de vue parce que tu ne veux pas trahir ceux que tu appelles les tiens. Toi, d’abord tu as été ému et ensuite tu as appris. Tu continues tous les jours à apprendre. Tu bosses pour cela, tu bosses même beaucoup. Tu penses qu’en reconnaissant publiquement l’importance de l’apprentissage de l’Histoire de l’Art quant à la perception d’une œuvre, tu abandonnerais ceux qui n’ont pas appris. Tu penses que tu les condamnerais à être « inférieurs » aux autres, lorsqu’ils se rendent dans un musée ou une expo. Tu penses que cela mettrait l’émotion en-dessous de la raison. C’est faux. Cela n’enlèverait rien à leurs capacités émotionnelles. Tu ne les condamnerais pas, tu remettrais de la vérité dans ce monde où on veut nous faire croire que nous sommes tous égaux devant le boulot. Le pire, c’est qu’en pensant cela, tu te confonds avec ce système politique bien-pensant qui remplace l’éducation par de l’animation sociale. Je suis d’accord avec toi, l’émotion est essentielle pour entrer dans une œuvre. Mais, si tu n’as que l’émotion, tu resteras au pallier ou au mieux dans l’entrée de la maison. Pour aller au plus profond d’une œuvre, tu as besoin de recul et c’est l’éducation qui te donne ce recul. Penses à la littérature. Pour saisir ce qu’est un bon livre (pour toi, car cela est toujours subjectif), tu as besoin d’en avoir lu plusieurs et de connaître tes goûts. Le goût ne va pas de soi. Ce n’est pas un don, c’est un travail. Depuis des années, on masque cette nécessité de travail par des approches de la culture qui se veulent « sociales ». En gros, on organise des visites au musée comme à une fête foraine ou au zoo. En cours d’arts plastique, on dit aux gosses : « c’est beau, c’est moche ». Mais, à aucun moment on éduque. Si tu veux vraiment apporter quelque chose aux tiens, ne défends pas ce qui pourrait paraître noble en surface, mais serait, en réalité, reproducteur d’inégalités ».

Ce matin, j’ai pu vérifier que la lumière fait toujours un peu mal aux yeux lorsqu’on passe trop rapidement du sombre au clair…

Force m’est de constater que je me suis fait dépasser par de ridicules sensibleries. Être ému, ce n’est pas une fin, c’est un début. L’émotion est une porte que l’on ne décide pas d’ouvrir. Elle s’ouvre toute seule. Seulement après, on décide d’entrer ou de se morfondre dans des observations que l’on voudrait contemplation. Mais la contemplation est un état de sagesse. Or, la sagesse appelle au travail. Cependant, je ne suis pas totalement d’accord avec ce que l’on m’a dit ce matin. C’est un détail, peut-être, mais au mot d’éducation, je préfère le mot d’apprentissage. Tout simplement parce que l’apprentissage laisse moins de place à la chance. On ne sait pas qui nous éduquera. Mais, on peut décider d’apprendre. On peut saisir les mains qui se tendent et entendre les enseignements prononcés. En tant que responsable politique, on peut aussi prendre du recul sur ce que l’on propose en termes « d’éducation artistique », on peut arrêter de se gargariser parce que 2000 gosses ont défilés dans tel ou tel musée et commencer à se demander ce qu’on a réussi à transmettre. Oui, il est une évidence qu’il faut faire entrer un maximum d’enfants dans nos musées, mais il doit être tout aussi évident qu’ils en ressortent avec une pierre de plus dans leurs sac à dos culturel. Plus encore, on doit transmettre non pas le goût, mais les outils pour que chacun puisse accéder à son propre goût. Dans le même temps, ne pourrait-on pas réfléchir à de véritables transformations de nos cours d’Histoire de l’Art, rébarbatifs au possible ? L’art ne doit pas être une prison et la compréhension d’une œuvre ne devrait pas être limitée par des plafonds de verre. Il est de notre responsabilité de participer à la construction d’une société où chaque citoyen aime, n’aime pas ou n’a pas d’avis en sachant pourquoi, au-delà du cadre de pensée général édifié par « Kevin de Secret Story ou Kevina de la Star Ac’ » à une heure de grande audience. Cela est loin d’être impossible. Nous devons toutes et tous contribuer à bâtir une société d’hommes et de femmes libres. Une société où chaque individu peut se faire lumière et rendre visible les étoiles. La liberté est un travail de révolte permanente (au sens camusien) et ce travail se fait d’abord dans sa propre maison. Ce matin, j’ai travaillé, je me suis trompé, j’ai pris du recul, j’ai appris et je peux faire un pas de plus en moi-même et vers le reste du monde.

Alors que la radio crache les dernières dépêches, je passe un coup d’œil rapide sur la pile de journaux déposée sur la table de la cuisine. Entre deux gorgées de café, la figure de Camus et ces mots surlignés « le service de la vérité et de la liberté ». L’équilibre, c’est une question d’entre-deux…

Rejoignez-nous contre l'abstention

Pour signer l’appel, cliquez ici.

Souvent, on croit que s’abstenir, c’est refuser de prendre part au vote…
C’est vrai, certains élus n’entendent plus les aspirations du Peuple car ils n’écoutent plus.
C’est vrai, quelques élus sont à mille lieues de nos problèmes quotidiens.
C’est vrai, ces gens-là ne donnent pas envie.
C’est vrai, il y a plein de « bonnes raisons », et pourtant…

Il y a plus de 600 000 élus en France. Ils sont conseillers municipaux, maires, conseillers généraux ou régionaux, parlementaires, etc. Vous les connaissez car ils sont à vos côtés au quotidien : l’un venant apporter un conseil, l’autre appuyant une démarche. La majorité de ces citoyens-élus a des convictions. Ils sont humains et c’est aussi pour cela qu’ils ont été choisis.
Schématiquement, un Français comme vous ou moi sur cent est appelé à exercer un mandat et à agir pour la communauté, au nom de la communauté. Si on ajoute à cela les responsabilités syndicales et les engagements associatifs : le pouvoir, ce n’est pas les autres.

La démocratie est notre affaire à tous !

S’abstenir, ce n’est pas refuser de prendre part au vote, c’est tourner le dos à la communauté nationale et par là-même donner du crédit à ceux qui nous disent que nous serions de mauvais ou pas assez français.
Donc, s’abstenir, c’est aussi permettre aux extrêmes de prendre de plus en plus de poids. L’exemple le plus criant, c’est le FN. Un parti qui progresse peu en nombre de voix, mais qui fait des scores de plus en plus importants en pourcentage. Pourquoi ? Parce qu’on lui laisse la place. Les électeurs du FN ne s’abstiennent pas et ce parti grossit artificiellement parce qu’on lui laisse la place. Il est tout prêt à la remplir et à faire son douloureux office parce qu’on lui laisse la place. Stigmatisant les uns, rabaissant les autres. En réalité, avec le FN, personne n’est jamais assez français.
Ne nous trompons pas ! Chaque scrutin remporté par le FN, l’a été parce que l’abstention était forte. Le FN n’est jamais choisi par les Français, il est imposé par l’abstention. Pourtant, ce parti a fait la preuve de son inaptitude à gérer une ville de manière sereine et humaine. Partout où ce parti est passé, il a laissé des trous béants dans les caisses publiques et dans les cœurs de France.

La République ce n’est jamais la division des Français. Pour faire de cette vérité de nos textes fondateurs, une pratique réelle à tous les niveaux de notre société, votons et engageons-nous !
Aussi, demandons-nous la prochaine fois qu’il nous viendrait l’idée de nous abstenir : quel citoyen éclairé de notre « République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (Article Premier de notre Constitution) pourrait soutenir le FN sans états d’âme, fusse indirectement en s’abstenant ?
Souvent, on a pu croire que s’abstenir, c’est refuser de prendre part au vote.
Désormais, on sait que voter c’est continuer à faire Un.

Au-delà de nos différences, au-delà de nos convictions politiques, religieuses ou philosophiques ;
Ensemble, Républicains de France, héritiers d’une longue Histoire où la Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont des piliers, où la Laïcité est un ciment, qui protège l’intime de chacun et conserve la liberté de tous ; nous nous engageons contre l’Abstention, cancer de la démocratie.

Le pouvoir, c’est nous, ici et maintenant !

 

http://abstention.wesign.it

Premiers signataires :

 

Yoan HADADI, Vice-président et porte-parole de Ré-Génération

 

Sylvain KNECHT

Sélima SAADI

Christophe BORT

Jean-Paul ANDERBOURG

Anne CARBONEL

Françoise CAYATTE

François COLLIGNON

Cyrielle GEORGES

Didier HINNERBLESSE

Jean-Marie KIRCHMEYER

Martine KOCHERT

Salvatore LA ROCCA

Jean-Yves MACÉ

Colette MERCIER

Michel MERCIER

Michel MOREAUX

André PERRIN

Colette TRABUCCO

Dominique TRABUCCO

Huguette VRIGNY-KNECHT

« Sine ira et studio »

Tacite

Sócrates - Democracia CorinthianaOn entend beaucoup, ces derniers temps, que le Front National progresse, qu’il séduit de plus en plus de Français. Mais est-ce vraiment ce que nous enseignent les données des dernières élections ? Je vous propose ici une rapide analyse.

En premier lieu, il convient de bien départager les scores en nombre de voix et les résultats en pourcentages. En effet, une progression électorale, de scrutin en scrutin, n’a de sens qu’en voix parce qu’il s’agit du seul indicateur permettant d’évaluer le nombre réel de personnes que l’on a réussi à convaincre. On constate que, lors des législatives partielles qui se sont déroulées depuis décembre, le FN a reculé en voix partout, sauf dans la troisième circonscription du Lot-et-Garonne. Dans cette dernière, sa progression de plus de 10 points par rapport à juin 2012 ne s’est traduite que par 986 bulletins de plus, le 16 juin dernier. Certes, cela a non seulement suffi à le qualifier pour le second tour, mais, de surcroît, la dynamique ainsi engagée l’a porté à un niveau inquiétant le dimanche suivant. Ce scénario n’est pas sans rappeler celui de l’élection cantonale de 2011 à Metz, où 112 voix de plus qu’en 2005 ont suffi au FN pour accroître, là encore, de plus de 10 points son résultat précédent sur Metz I, contraignant le Maire de Metz — ayant, lui, perdu trois de ses électeurs du premier tour de 2005 sur cinq — à un second tour plus serré que prévu. À titre de comparaison, à l’échelon national cette fois-ci, le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen n’obtient « que » 233 575 voix — soit un cinquième de l’augmentation du corps électoral entre les deux élections — de plus qu’en 1995, où il n’avait pas dépassé la quatrième place. Sans vouloir dédramatiser la présence de plus en plus régulière du FN en troisième position, quand ce n’est pas l’une des deux premières, ces comptes nous poussent à chercher la raison ailleurs que dans un succès croissant de son programme.

Évidemment, l’autre argument qui vient à l’esprit se réfère au contexte actuellement défavorable pour les deux principaux partis républicains que sont le PS et l’UMP. Le premier subit les contrecoups de l’exercice du pouvoir dans une période de crise extrêmement complexe, communique peu ou mal et n’a pas choisi la voie du confort et de la facilité électorale en faisant de la résorption des déficits une priorité, dès la campagne présidentielle. Le second ne s’est pas encore relevé de sa crise interne, à la suite de la défaite de l’an dernier. Jean-François Copé le dit si bien lui-même : « [ils apprennent] la démocratie, c’est assez nouveau ». En outre, l’UMP, représentante traditionnelle de la droite républicaine est marquée par une profonde crise identitaire avec l’émergence d’un choc philosophique entre les tenants d’un « cordon sanitaire avec l’extrême droite » dans la lignée du Président Chirac ou de M. Philippe Seguin et les tenants d’un rapprochement idéologique (voire plus) avec l’extrême droite dans la lignée de la folie électoraliste Sarkozy/Buisson. De nombreux électeurs de gauche attendent la sortie du tunnel avec grande impatience et une certaine part de ceux de droite ne savent plus très bien sur quel pied danser. Cela laisse un boulevard à l’ensemble de ceux qui, historiquement, tirent les marrons du feu de la crise : les populistes de tout poil, au premier rang desquels figure clairement et bruyamment le FN. Alors, est-ce à dire que les élections ne seraient qu’une question de vases communicants ? Plus précisément, seraient-ce les électeurs du PS — à tout le moins ceux de François Hollande le 6 mai 2012 — qui, déçus de cette première année, voteraient massivement pour le FN ?

La totalité des études portant sur le sujet tendent à prouver le contraire. En réalité, cette démotivation, proche de celle qui pèse sur des législatives suivant une défaite de son camp à l’élection présidentielle, aboutit à ce que l’on appelle l’abstention différentielle. Concrètement, dans notre cas, nos électeurs socialiste du printemps 2012 ne se déplacent plus et vont gonfler le taux d’abstention tandis que la porosité se manifeste plutôt entre la strate « forte » de la droite et l’extrême droite, juste de l’autre côté de la frontière républicaine. Les convergences sémantiques et programmatiques qui caractérisent l’évolution récente de l’UMP et du FN, ne freinent évidemment en rien ce glissement. En 2007, en ouvrant sciemment le portail entre les deux partis, Nicolas Sarkozy se doutait-il qu’il serait désormais sujet à tous les vents ? Toujours est-il que les autres partis républicains ont encore leur rôle à jouer dans la mobilisation des électeurs.

Le concept d’abstention différentielle est essentiel pour comprendre à quel point l’abstention favorise systématiquement le FN. Dans une période de creux en termes de mobilisation — ajoutons aux motifs déjà cités l’absence de campagne nationale —, l’électeur de gauche a tendance à s’abstenir le plus et l’électeur FN le moins. À titre d’illustration, la législative partielle de décembre 2012 dans la 6e circonscription de l’Hérault est limpide. La candidate socialiste régresse de 5 000 voix, là où le candidat FN n’en perd que 3 000, par rapport à juin.

Ainsi, à chaque fois que l’abstention est forte, la gauche en est la plus grande perdante. Surtout, le FN le plus heureux bénéficiaire.

C’est pourquoi, au nom de la République, nous devons tous, à droite comme à gauche, faire notre possible pour mobiliser le plus grand nombre de nos concitoyens lors de chaque élection. Le mur le plus solide que la Nation Une et Indivisible puisse ériger contre l’extrême droite, c’est de bulletins de vote qu’il est constitué !

Comme le clamaient fièrement — en pleine dictature du Président Figueiredo et de ses compères généraux — le Docteur Sócrates et les joueurs du Corinthians, dont il était le génial meneur de jeu : « gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ».