Archives de la catégorie ‘Politique Régionale’

« Mots, profits d’un quart d’heure arrachés à l’arbre calciné du langage, entre les bons jours et les bonnes nuits, portes d’entrée et de sortie, entrée d’un corridor qui va de nulle part à nulle part »

Octavio Paz, Vers le Poème in Liberté sur parole

Yoan HADADI                              Nicolas QUENOUILLE

Vice-président                                Etudiant en Philosophie

Ré-Génération                               Université de Strasbourg

 

Un triste dimanche gris dans l’est. Un score tombe telle la lame d’une guillotine rouillée. La tête roule toute la nuit. Continue de rouler le lundi. Le mardi : on entend des cris à 19h, jusque sur les ondes de la BBC. Elle poursuit sa course les jours d’après, cette tête dont le corps s’est défait.

L’attitude du candidat arrivé troisième lors du premier tour des élections régionales dans le Grand Est a de quoi interroger. Elle questionne le rapport au verbe politique que nous, militants socialistes, entretenons. Comme sidérés devant les images retransmises par BFM ou I>Télé, on écoute, prononcés à renfort de grands mouvements de bras et de doigts pointés, les mots de « résistance » et de « révolte ». Le regard subjugué, on cherche à comprendre, sans y parvenir vraiment – ces mots, ressentons-nous, ont perdu de leur sens. Résister… Se Révolter…

Nous considérons que la résistance n’est pas l’entêtement. Résister, c’est défendre des valeurs, se révolter contre l’humiliation qu’on leur fait ; l’entêtement, c’est le refus d’avancer. Mais vers où le candidat sortant ne souhaite-t-il pas avancer davantage ? Où veut-il bien s’arrêter ? Quand il prétend résister, il s’accroche plutôt. Il s’agrippe même. Il sacrifie la concrétisation immédiate de ses valeurs, qui consisterait à barrer la route au parti de la haine, pour conserver des positions et s’époumoner inutilement dans un hémicycle. En cela, il est conservateur.

Eugène_Delacroix,_La_liberté_guidant_le_peuple

Nous considérons que la révolte est l’étincelle de toute transformation sociale, mais nous pensons aussi que le candidat défait la trahit. Se révolter contre l’essor de la haine, c’est chercher à l’endiguer concrètement et, par des actes, changer autant qu’on peut le cours tumultueux du monde. En se maintenant, le troisième candidat préfère une lutte orale, un cri étouffé tant par la masse d’un hémicycle où il sera bien seul, que par le bruit des bottes qu’il aura participé, indirectement et inconsciemment, à mettre en marche. La révolte, si elle n’est que médiatique et se paie simplement de mots, n’est plus la révolte.

Finalement, l’attitude de celui que nous soutenions est conservatrice et contraire à l’idée même de la révolte qui, comme le rappelle Léon Blum, est au fondement du socialisme. Pire, cela représente pour nous un danger : celui d’abandonner les rênes de notre région au FN pour qu’il y applique délibérément son programme, dévoyant la laïcité pour stigmatiser toujours plus les musulmans ou les juifs ; dévoyant la fraternité en dressant des murs de haine entre nous ; dévoyant l’égalité en privilégiant les uns au détriment d’autres qui seraient mal nés ; et dévoyant enfin la liberté, entravée lorsqu’elle n’est pas exercée conformément aux idées fixes de l’extrême-droite.

Pour que la révolte soit encore possible demain, et que la porte reste ouverte au progrès social, nous choisissons en conscience de voter pour le seul candidat républicain en capacité de battre le FN. Sans rien oublier de ce qui nous sépare de la droite et avec la volonté intacte de poursuivre notre engagement, nous voterons pour notre adversaire, afin de battre notre ennemi. Nous voterons pour M. Richert.

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ON LÂCHERA RIEN !Un mardi comme un autre. 20h : la voix de David Pujadas vient bercer la quiétude de ce début de soirée pré-hivernale. Dehors, les lumières de la ville sont à la fois immobiles et fuyantes. Celles des appartements sont autant de preuves de la douceur qui règne sur nos remparts. Celles des autos nous disent combien les gens sont pressés de retrouver leurs cocons.

Au hasard d’un titre, un nom retient toute mon attention. Édouard. Saisi de la salvatrice télécommande, je monte le son. Voilà plusieurs semaines que je ronge mon frein, que j’attends une confirmation. Sera-t-il tête de liste aux élections européennes ? Tout le monde sait. Mais, nombreux sont ceux qui doutent. Le Parti Socialiste osera-t-il faire ce que Jaurès nous invitait à faire, il y a plus d’un siècle : rassembler les luttes sociales pour mettre en œuvre les exigences de la réforme ? Aura-t-on le courage de créer les conditions de la transformation sociale ?

Alors qu’au XIXe siècle, les syndicats européens ont assumé le réformisme, créant ainsi les passerelles nécessaires entre la lutte syndicale qui défend des revendications immédiates et quotidiennes et la lutte politique qui agit sur l’ensemble de la société. Lorsque l’on est profondément républicain donc socialiste, on ne peut avoir de vision antagoniste entre le syndicalisme et la politique. Pour peu qu’on ait soi-même été engagé dans l’une ou l’autre lutte, on sait que les deux sont complémentaires. Au syndicat, la mise en place des rapports de force. Au politique, la concrétisation sociétale et institutionnelle par la réforme. Les deux dynamiques vont de pair et n’ont qu’une logique : combattre l’exploitation de l’homme par l’homme.

À la fin de la prise de parole d’Édouard Martin, je me suis senti fier. Fier d’être républicain. Socialiste. Fier d’être de cette terre, la Moselle, capable de porter l’un des siens pour le mettre en position d’agir pour nous tous. Édouard. Ce pourrait être nos parents, nos voisins, nos collègues de travail. Édouard candidat aux élections européennes, c’est comme si nous étions toutes et tous candidats.

Cependant, ce matin, je ne fus pas plus surpris que cela d’entendre les atermoiements, les attaques et les bassesses à l’encontre de notre candidat. « Trahison ». Le mot fût lâché rapidement. Par le FN et la droite d’abord. Mais, venant de ces gens-là, c’est plutôt rassurant. Qu’ils nous insultent et nous savons encore que nous sommes du bon côté de la barricade. Qu’ils nous insultent, ils ne font qu’accroître notre Force ! Qui attendrait de ces gens-là la moindre réjouissance devant l’Égalité en marche ? Philippot-Morano ne sont pas engagés pour défendre les salariés ou les citoyens. Ces gens-là sont du côté des forces de la finance, ces gens-là n’ont de désir que l’accroissement des inégalités au profit de quelques personnes érigées en caste. S’il leur arrive de colorer leurs discours de teintes ouvrières, nous savons de quel côté ils se trouvent. L’un à l’extrême droite, la seconde juste collée à lui, mais jamais du même côté de la barricade que le Peuple.

Le pire, ce matin, ce ne fut pas ces gens-là. Le pire, ce matin, c’est ce pseudo-syndicaliste, soi-disant ancien compagnon de lutte d’Édouard Martin. Tout le monde le connaît, mais personne ne se souvient jamais de son nom. Il faut dire qu’étant donné qu’il n’a pas grand-chose à dire, on ne retient que sa capacité à jouer des coudes pour toujours et systématiquement se positionner sur les photos ou les images prises par les télévisions. Au passage, cela représente un véritable tour de force. Ce monsieur a réussi à être présent médiatiquement et dans le même temps à faire le tour du monde. Un jour en Thaïlande, le lendemain à Florange. Il est tellement fort qu’on ne voit pas la moindre trace des effets du décalage horaire sur ses traits. Il parle de « traître », mais c’est lui l’esclave de la maison selon le mot de Malcolm X. « Lorsque le maître éternue, il s’inquiète, il se ronge les sangs, il s’écrie « nous nous enrhumons » ».

Monsieur Broccoli, vous êtes le traître de cette histoire. C’est vous qui faisiez les propositions les plus farfelues pendant la lutte des salariés d’Arcelor-Mittal. C’est vous qui souhaitiez durcir la lutte. Mais, en définitive, on ne vous a jamais vu lorsque les salariés marchaient à travers la France, lorsqu’ils se faisaient charger, lorsqu’ils pleuraient leur rage, c’est-à-dire notre rage collective, la rage de notre condition et de notre Histoire, la rage de tout une région, la rage de tout un Peuple. La rage qui nous a porté, nous porte et nous portera.

Aujourd’hui, comme demain : ON NE LÂCHERA RIEN !

Ce matin et tous les matins qui suivront, entendez bien, Broccoli et consorts : « ON LÂCHERA RIEN ! »

« Murmure politique » paru dans le Républicain Lorrain du 28-10-2012