Archives de la catégorie ‘Européennes 2014’

Je n’ai pas honte d’être Français. Je n’ai pas honte sous prétexte qu’une majorité relative — au regard de l’abstention  a fait le choix de la collaboration avec les forces de la finances, de la haine à l’égard de l’Autre et, en définitive, du fascisme.

Depuis ce matin, je lis mes camarades et les autres. Je les lis sur Facebook, Twitter et ailleurs. Je les lis et un mot me suspend comme une corde au-dessus du vide : honte. Ils ont honte ! Honte de la France. Honte d’eux. Honte des résultats. Honte des partis. Honte du racisme. Honte de la haine. Honte de l’Histoire. Honte du pire. Honte de leurs chiens, de leurs belles-mères, de la SNCF, de la craie sur le tableau, du fonctionnaire qui fonctionne, des aiguilles du réveil, des heures de la journée qui avancent, du carreau droit sur la paire de lunettes, du caillou sur la plage, du plein dans le vide, du pain dans le jeu, de la larme sur la joue.

Ça suffit la honte !

Ce n’est pas aux démocrates, fussent-ils minoritaires, d’avoir honte !

Mon Pays, la France, je l’Aime. Je l’aime parce qu’il est ce pays, où un gamin élevé par une mère au RMI peut, un jour, s’élever sur la barricade, franchir les portes du Palais en portant la robe et pas les menottes, en tenant la tribune et pas le siège, en parlant haut et non en ayant honte de venir d’où il vient. Je l’aime parce que, contrairement à ce que nous disent tous les médias ce matin, la France n’est pas raciste. Ceux qui en doutent n’ont qu’à sortir dans les bars samedi soir pour le voir. Je l’aime parce qu’il offre la possibilité à tous d’aller à l’école et même d’y aller longtemps. Je l’aime parce qu’il soigne les gens sans distinction et ne les laisse pas crever sur le pavé. Je l’aime pour ses accents. Je l’aime pour sa Loire. Je l’aime pour ses coups de sang, ses déclarations d’amour avec deux tonnes de fumiers devant une sous-préfecture à la moindre variation du cours du lait. Je l’aime pour ses possibilités. Je l’aime pour ses départs de juillet. Je l’aime pour sa terre battue. Je l’aime pour ses neiges éternelles. Je l’aime pour ses filles hautaines qui marchent le dos droit. Je l’aime pour cette fille messine qui sourit quand elle me voit. Je l’aime pour ses filles carrées et ses mecs maigrelets, pour ses gros bras et ses filles tatoués. Je l’aime pour ses soleils et ses lunes. J’oubliais, je l’aime pour ses Cafés du Commerce, du Centre, de la Gare, des Sports,… Je l’aime du nord au sud, de l’est à l’ouest. Je l’aime encore plus lorsque je suis loin et qu’il me manque. Je l’aime quand tous les gens voient en moi un « Français » et qu’au bout de quelques phrases sans importances, ils me demandent dans un sourire entendu « mais pourquoi, vous les Français, n’êtes-vous jamais d’accord sur rien ? »…

J’aime mon pays et cela ne m’empêche pas d’être en colère contre lui. En colère parce que sa jeunesse ne peut pas accéder à un emploi digne de ses compétences et de ses formations sans passer par le purgatoire « cdd-intérim-chômage ». En colère parce qu’il abandonne chaque année sur la route près de 200 000 gamins sans qualification. En colère parce qu’il oublie que ses classes moyennes, sont sa principale richesses et qu’un trésor comme celui-ci, on le fait fructifier au lieu de le ruiner par mille et une contraintes. En colère qu’il n’adhère pas massivement à ses syndicats pour enfin faire le poids dans les entreprises et, par là même, éviter qu’une minorité de petits malins profite d’être esseulée pour s’emparer des instances représentatives du personnel afin de servir ses intérêts et non ceux de tous les salariés. En colère de le voir si souple avec le CAC 40 et si dur avec ses petits patrons qui se lèvent chaque matin pour le faire avancer. En colère parce qu’il est de plus en plus con, mon pays, à croire que la main qui le vole est forcément tzigane, voyageuse et basanée. En colère de le voir confondre la politique, la culture et la Foi. En colère de laisser mon pays condamner la Foi de quelques-uns, soi-disant parce qu’elle lui ferait perdre ses repères identitaires. Des repères et une Histoire qu’il ne connaît souvent pas. En colère d’entendre de sombres idiots me faire l’apologie d’un pinard et d’un saucisson, alors qu’ils ne sauraient pas différencier un Pétrus d’une villageoise.

Je l’aime la France autant pour ses joies que pour ses colères.

Hier soir, ce n’est pas de la colère qu’ont exprimé les électeurs, c’est de la lâcheté. La même lâcheté qu’au début de l’été 1940. Peut-on être honteux pour ceux-là ? Je dis lâches parce que s’ils étaient courageux, s’ils voulaient réellement exprimer un ras-le-bol, ils élèveraient des barricades, occuperaient les usines, les centres de décision, se réapproprieraient les moyens de production, etc.

Je n’ai pas à avoir honte de ces gens-là, de cette majorité relative suffisamment petite-bourgeoise pour s’amuser à se faire peur avec le fascisme un soir d’élection, tout en se disant « de toute façon le FN ne pourra pas faire de mal parce que nos institutions sont solides, ce ne sera pas comme avec Hitler quand même« … Il n’y a pas à avoir honte pour le comportement d’une petite majorité qui vote FN comme elle taperait « K E V I N » un soir de « Secret Story » sur son I-phone 5 (toute fière, en plus, d’avoir payé 3€70 pour avoir rempli son devoir de réal-citoyen d’une réal-télé ancrée dans le réal-monde d’une réellement triste soirée de week-end, seule avec ses chats ou son nouveau python fashion-tendance). Bien entendu, le vote de ces élections européennes est un vote d’adhésion ! Exactement la même adhésion qu’un samedi de prime time !

Démocrates, Républicains, cessons de nous cacher derrière la facilité et la puérilité de la honte ! Levons-nous et travaillons au redressement de la France, pour qu’enfin cette « France indivisible, laïque, démocratique et sociale » soit une réalité pour chacun, après les espoirs soulevés par la victoire de la gauche en 2012 ! Cela passe aussi par une critique objective de ce que nous sommes et de ce que nous faisons…

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ON LÂCHERA RIEN !Un mardi comme un autre. 20h : la voix de David Pujadas vient bercer la quiétude de ce début de soirée pré-hivernale. Dehors, les lumières de la ville sont à la fois immobiles et fuyantes. Celles des appartements sont autant de preuves de la douceur qui règne sur nos remparts. Celles des autos nous disent combien les gens sont pressés de retrouver leurs cocons.

Au hasard d’un titre, un nom retient toute mon attention. Édouard. Saisi de la salvatrice télécommande, je monte le son. Voilà plusieurs semaines que je ronge mon frein, que j’attends une confirmation. Sera-t-il tête de liste aux élections européennes ? Tout le monde sait. Mais, nombreux sont ceux qui doutent. Le Parti Socialiste osera-t-il faire ce que Jaurès nous invitait à faire, il y a plus d’un siècle : rassembler les luttes sociales pour mettre en œuvre les exigences de la réforme ? Aura-t-on le courage de créer les conditions de la transformation sociale ?

Alors qu’au XIXe siècle, les syndicats européens ont assumé le réformisme, créant ainsi les passerelles nécessaires entre la lutte syndicale qui défend des revendications immédiates et quotidiennes et la lutte politique qui agit sur l’ensemble de la société. Lorsque l’on est profondément républicain donc socialiste, on ne peut avoir de vision antagoniste entre le syndicalisme et la politique. Pour peu qu’on ait soi-même été engagé dans l’une ou l’autre lutte, on sait que les deux sont complémentaires. Au syndicat, la mise en place des rapports de force. Au politique, la concrétisation sociétale et institutionnelle par la réforme. Les deux dynamiques vont de pair et n’ont qu’une logique : combattre l’exploitation de l’homme par l’homme.

À la fin de la prise de parole d’Édouard Martin, je me suis senti fier. Fier d’être républicain. Socialiste. Fier d’être de cette terre, la Moselle, capable de porter l’un des siens pour le mettre en position d’agir pour nous tous. Édouard. Ce pourrait être nos parents, nos voisins, nos collègues de travail. Édouard candidat aux élections européennes, c’est comme si nous étions toutes et tous candidats.

Cependant, ce matin, je ne fus pas plus surpris que cela d’entendre les atermoiements, les attaques et les bassesses à l’encontre de notre candidat. « Trahison ». Le mot fût lâché rapidement. Par le FN et la droite d’abord. Mais, venant de ces gens-là, c’est plutôt rassurant. Qu’ils nous insultent et nous savons encore que nous sommes du bon côté de la barricade. Qu’ils nous insultent, ils ne font qu’accroître notre Force ! Qui attendrait de ces gens-là la moindre réjouissance devant l’Égalité en marche ? Philippot-Morano ne sont pas engagés pour défendre les salariés ou les citoyens. Ces gens-là sont du côté des forces de la finance, ces gens-là n’ont de désir que l’accroissement des inégalités au profit de quelques personnes érigées en caste. S’il leur arrive de colorer leurs discours de teintes ouvrières, nous savons de quel côté ils se trouvent. L’un à l’extrême droite, la seconde juste collée à lui, mais jamais du même côté de la barricade que le Peuple.

Le pire, ce matin, ce ne fut pas ces gens-là. Le pire, ce matin, c’est ce pseudo-syndicaliste, soi-disant ancien compagnon de lutte d’Édouard Martin. Tout le monde le connaît, mais personne ne se souvient jamais de son nom. Il faut dire qu’étant donné qu’il n’a pas grand-chose à dire, on ne retient que sa capacité à jouer des coudes pour toujours et systématiquement se positionner sur les photos ou les images prises par les télévisions. Au passage, cela représente un véritable tour de force. Ce monsieur a réussi à être présent médiatiquement et dans le même temps à faire le tour du monde. Un jour en Thaïlande, le lendemain à Florange. Il est tellement fort qu’on ne voit pas la moindre trace des effets du décalage horaire sur ses traits. Il parle de « traître », mais c’est lui l’esclave de la maison selon le mot de Malcolm X. « Lorsque le maître éternue, il s’inquiète, il se ronge les sangs, il s’écrie « nous nous enrhumons » ».

Monsieur Broccoli, vous êtes le traître de cette histoire. C’est vous qui faisiez les propositions les plus farfelues pendant la lutte des salariés d’Arcelor-Mittal. C’est vous qui souhaitiez durcir la lutte. Mais, en définitive, on ne vous a jamais vu lorsque les salariés marchaient à travers la France, lorsqu’ils se faisaient charger, lorsqu’ils pleuraient leur rage, c’est-à-dire notre rage collective, la rage de notre condition et de notre Histoire, la rage de tout une région, la rage de tout un Peuple. La rage qui nous a porté, nous porte et nous portera.

Aujourd’hui, comme demain : ON NE LÂCHERA RIEN !

Ce matin et tous les matins qui suivront, entendez bien, Broccoli et consorts : « ON LÂCHERA RIEN ! »