Archives de la catégorie ‘Culture’

109 ans après la Loi de séparation des Églises et de l’État, le paysage politique, social et culturel a bien changé, mais la question de la place de la religion dans notre société est unÉtats Générauxe fois de plus débattue publiquement.

Pour autant, les discussions qu’elle suscite souffrent d’un problème majeur que l’on peut résumer par cette question : est-ce la Laïcité qui est remise en cause par le repli de quelques-uns vers une conception réactionnaire de l’une ou l’autre religion ? Ou bien ces comportements sont-ils plutôt l’expression visible, médiatiquement et socialement, d’un manque de République ?

Les citoyens ne sont pas naturellement rétifs à l’assimilation bienveillante d’une République qui leur ouvrirait les bras, pas plus qu’une religion n’est naturellement hostile au modèle de vivre ensemble que notre République promeut. Dans un contexte de crise économique et sociale, de chômage de masse, d’exclusion croissante entraînant une perte des repères inhérents à nos sociétés occidentales, le repli sur soi et la tentation communautariste surgissent traditionnellement. Ce sont le rejet et le dogmatisme, crispations partagées par les extrémistes de tous les bords, qu’il nous faut combattre en toute circonstance, afin que ces postures artificielles cessent d’apparaître comme des solutions !

Parce que le Parti Socialiste est l’héritier d’une volonté profonde de transformation de la société, notamment portée par le mouvement associatif et qu’il doit en être l’accompagnateur et le continuateur, parce que le pouvoir que nous assumons actuellement est maître et arbitre de la survie des associations au travers de leur subventionnement, la situation de fracture sociale doit nous amener à réactiver fortement ce levier indispensable qu’est l’Éducation Populaire. Bien plus efficacement que toute stigmatisation ou répression, l’accompagnement et les divers échanges que garantit un secteur associatif dynamique manquent cruellement à une large partie de la population, ce qui pousse certains dans le giron des extrémistes de tout poil, gourous des jours de crise ou autres marchands de sable.

Or, les associations traversent actuellement une période d’extrêmes difficultés, qui les bride voire les détourne de leur principale mission d’Éducation Populaire. En tant que socialistes, nous devons porter une attention toute particulière à ce mal qui produit un irrémédiable repli sur soi communautariste, que le prétexte en soit religieux, ethnique, sexuel ou quoi que ce soit d’autre.

Ainsi, pour une Laïcité réaffirmée et renforcée, base d’un vivre ensemble apaisé, nous appelons à une réflexion nationale sur les missions et le financement de l’Éducation Populaire afin de régénérer le mouvement associatif.

 

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Que l’Art se fasse jour

Publié: 02/10/2013 dans Culture

« Mon cirque se joue dans le ciel, il se joue dans les nuages parmi les chaises, il se joue dans la fenêtre où se reflète la lumière »

« Un homme qui marche a besoin d’un vis-à-vis à l’envers pour souligner son mouvement »

Marc Chagall

Tàpies - Catalunya

Entre deux phrases, entre deux phases, entre deux analyses électorales, entre deux tracts contre l’abstention, entre deux campagnes, entre deux visites de quartier, entre deux apostrophes, entre deux théâtres, entre deux pages, entre deux mags, entre deux zaps, entre deux demandes, entre deux photos, entre deux débats, entre deux entre-deux… Entre deux interpellations. Je m’arrête.

Je me pose à la table de quelques gardiens de la plume. Je hume les doux parfums de l’amitié. Au détour d’un mot apparaît un nom devenu commun. « Art ». Libérées, mes menottes s’agitent. Les mains battent l’air chaud, font des ronds-ronds juste au-dessus d’une petite table carrée. Par définition, les airs sont chauds lorsque l’on sème dans une salle bientôt humide. Alors, la discussion fuit et les idées pleuvent. Les noms, ainsi mouillés, se font propres. Tàpies, Miro, Picasso, Mondrian. Les failles du temps se lézardent. On les remonte à la vitesse qu’il faut pour remplir un verre d’O-et-de-là. Monet, Gauguin, Goya, Van Eyck, Fra Angelico,…

Comment accède-t-on à l’Art ? Que faut-il pour saisir une œuvre ? Nous ne sommes pas d’accord donc on se ressert un verre. Je reste aux eaux. Ils avancent vers les coupes couleurs de rose.

Pour certains, saisir l’Art revient, d’abord et avant tout, à un travail d’accumulation de savoir. « Tu ne peux pas, véritablement, entendre une œuvre sans connaître tout ce qui l’entoure : l’histoire de l’œuvre, le parcours de l’artiste, le contexte. Sans cela, tu passes à côté de l’essentiel. Tu te contentes d’émotions ». Mon premier réflexe est justement de répondre par l’émotion. L’Art n’est-il pas l’un des leviers permettant de passer d’un monde rationnel à un monde sensible ? La sensibilité n’a rien à voir avec la sensiblerie. L’humain n’est pas qu’un amas d’idées à la raison plus ou moins raisonnable. Il n’est pas non plus une montagne de muscles. L’humain c’est un corps et un cœur. L’émotion y est un fil reliant ces deux pôles. L’art étant l’une des pratiques les plus humaines qui soient, il m’est évident qu’il est avant toute chose une question d’émotions. Plus que tout, cette posture considérant qu’il faut savoir avant de saisir me glace les sangs. Cela voudrait dire que beaucoup de nos potes seraient condamnés à ne jamais rien recevoir de l’art car tout le monde n’a pas reçu d’éducation artistique, soit par héritage familial, soit par formation scolaire. De mon point de vue, l’émotion est le cœur de toute démarche artistique, de l’artiste comme du public. Pleins d’Amour et de mots (pour certains de maux), la discussion s’achève là sur une dissonance.

Et puis, au matin calme d’une journée lorrainement ensoleillée, réveillée par quelques mèches rousses aux ondulations vénitiennes, la lumière entre. D’abord, elle perce le vieux volet, se fraye un chemin entre les lattes au bois ravagées par des heures accumulées au service de la protection d’un carreau de verre tout aussi fatigué. Ensuite, elle vient me chatouiller les paupières et le bout du nez dans le but de finir le difficile (parfois dangereux) travail de réveil. Enfin, cette lumière fait le jour en ces mots : « tu comprends que l’éducation artistique est essentielle, mais tu défends un autre point de vue parce que tu ne veux pas trahir ceux que tu appelles les tiens. Toi, d’abord tu as été ému et ensuite tu as appris. Tu continues tous les jours à apprendre. Tu bosses pour cela, tu bosses même beaucoup. Tu penses qu’en reconnaissant publiquement l’importance de l’apprentissage de l’Histoire de l’Art quant à la perception d’une œuvre, tu abandonnerais ceux qui n’ont pas appris. Tu penses que tu les condamnerais à être « inférieurs » aux autres, lorsqu’ils se rendent dans un musée ou une expo. Tu penses que cela mettrait l’émotion en-dessous de la raison. C’est faux. Cela n’enlèverait rien à leurs capacités émotionnelles. Tu ne les condamnerais pas, tu remettrais de la vérité dans ce monde où on veut nous faire croire que nous sommes tous égaux devant le boulot. Le pire, c’est qu’en pensant cela, tu te confonds avec ce système politique bien-pensant qui remplace l’éducation par de l’animation sociale. Je suis d’accord avec toi, l’émotion est essentielle pour entrer dans une œuvre. Mais, si tu n’as que l’émotion, tu resteras au pallier ou au mieux dans l’entrée de la maison. Pour aller au plus profond d’une œuvre, tu as besoin de recul et c’est l’éducation qui te donne ce recul. Penses à la littérature. Pour saisir ce qu’est un bon livre (pour toi, car cela est toujours subjectif), tu as besoin d’en avoir lu plusieurs et de connaître tes goûts. Le goût ne va pas de soi. Ce n’est pas un don, c’est un travail. Depuis des années, on masque cette nécessité de travail par des approches de la culture qui se veulent « sociales ». En gros, on organise des visites au musée comme à une fête foraine ou au zoo. En cours d’arts plastique, on dit aux gosses : « c’est beau, c’est moche ». Mais, à aucun moment on éduque. Si tu veux vraiment apporter quelque chose aux tiens, ne défends pas ce qui pourrait paraître noble en surface, mais serait, en réalité, reproducteur d’inégalités ».

Ce matin, j’ai pu vérifier que la lumière fait toujours un peu mal aux yeux lorsqu’on passe trop rapidement du sombre au clair…

Force m’est de constater que je me suis fait dépasser par de ridicules sensibleries. Être ému, ce n’est pas une fin, c’est un début. L’émotion est une porte que l’on ne décide pas d’ouvrir. Elle s’ouvre toute seule. Seulement après, on décide d’entrer ou de se morfondre dans des observations que l’on voudrait contemplation. Mais la contemplation est un état de sagesse. Or, la sagesse appelle au travail. Cependant, je ne suis pas totalement d’accord avec ce que l’on m’a dit ce matin. C’est un détail, peut-être, mais au mot d’éducation, je préfère le mot d’apprentissage. Tout simplement parce que l’apprentissage laisse moins de place à la chance. On ne sait pas qui nous éduquera. Mais, on peut décider d’apprendre. On peut saisir les mains qui se tendent et entendre les enseignements prononcés. En tant que responsable politique, on peut aussi prendre du recul sur ce que l’on propose en termes « d’éducation artistique », on peut arrêter de se gargariser parce que 2000 gosses ont défilés dans tel ou tel musée et commencer à se demander ce qu’on a réussi à transmettre. Oui, il est une évidence qu’il faut faire entrer un maximum d’enfants dans nos musées, mais il doit être tout aussi évident qu’ils en ressortent avec une pierre de plus dans leurs sac à dos culturel. Plus encore, on doit transmettre non pas le goût, mais les outils pour que chacun puisse accéder à son propre goût. Dans le même temps, ne pourrait-on pas réfléchir à de véritables transformations de nos cours d’Histoire de l’Art, rébarbatifs au possible ? L’art ne doit pas être une prison et la compréhension d’une œuvre ne devrait pas être limitée par des plafonds de verre. Il est de notre responsabilité de participer à la construction d’une société où chaque citoyen aime, n’aime pas ou n’a pas d’avis en sachant pourquoi, au-delà du cadre de pensée général édifié par « Kevin de Secret Story ou Kevina de la Star Ac’ » à une heure de grande audience. Cela est loin d’être impossible. Nous devons toutes et tous contribuer à bâtir une société d’hommes et de femmes libres. Une société où chaque individu peut se faire lumière et rendre visible les étoiles. La liberté est un travail de révolte permanente (au sens camusien) et ce travail se fait d’abord dans sa propre maison. Ce matin, j’ai travaillé, je me suis trompé, j’ai pris du recul, j’ai appris et je peux faire un pas de plus en moi-même et vers le reste du monde.

Alors que la radio crache les dernières dépêches, je passe un coup d’œil rapide sur la pile de journaux déposée sur la table de la cuisine. Entre deux gorgées de café, la figure de Camus et ces mots surlignés « le service de la vérité et de la liberté ». L’équilibre, c’est une question d’entre-deux…

Merci

Publié: 14/06/2013 dans Culture, Politique Nationale

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non.

Mais s’il refuse, il ne renonce pas »
Albert Camus

« La liberté, c’est toujours la liberté de l’autre »

Rosa Luxemburg

« Si l’on considère à présent les êtres sous le rapport de leurs réalités métaphysiques,

tout ce qui leur advient leur convient »

Émir Abd El-Kader

§

Chers amis, 

Vous êtes nombreux à m’avoir envoyé des petits messages d’encouragement, à la suite du reportage de M6 consacré aux électeurs du Front National. Jamais je n’aurais pu imaginer un seul instant que ces quelques secondes de passage à l’écran viennent à susciter de telles réactions.

Des centaines de mails, de SMS, de messages via les réseaux sociaux me parviennent et j’essaie de répondre à chacun ou chacune d’entre vous. Néanmoins, il est évident que, même avec toute la meilleure volonté du monde, je n’y arriverai pas.

C’est pourquoi je tiens à vous dire ici que vos messages de sympathie et de soutien me vont droit au cœur. Ils me réchauffent et me donnent de la Force pour avancer tranquillement, sereinement. Pour tout vous dire, j’ai le sentiment de n’avoir encore rien fait. Je veux dire : rien de décisif. Cependant, j’avance sur mon chemin et je crois à tous ces petits signes qui sont autant de bornes — celles qui jalonnent, pas celles qui entravent — pour cheminer dans la vie. Vos mots sont, à mes yeux, de cet ordre-là. Ils m’aident à entendre, à voir, à percevoir, à ressentir, mon pays, la France, que je connais de mieux en mieux et, plus encore, tous ces gens, vous, que je ne connais pas. C’est vrai, on ne se connaît pas. On ne s’est jamais rencontré et peut-être que l’on ne se verra jamais. Mais, à vous lire, j’ai le sentiment qu’il existe entre nous tous, une Unité qui transcende tout. Albert Camus aurait défini cela en un mot : la Révolte.

Nous ne pouvons qu’être révoltés devant ces comportements détestables, qui frappent dans nos rues et voudraient vaincre par les urnes. Avec l’extrême droite, il n’y a pas de secret, mes chers amis. Nous connaissons leur programme et leurs méthodes. L’extrême droite n’est pas une nouveauté en France. Ces gens-là ont été au pouvoir : du 10 juillet 1940 au 20 août 1944. Ne croyez pas qu’ils auraient changé par la grâce de je ne sais quelle révélation. Pour s’en convaincre, il suffit simplement d’observer leurs manières et d’écouter leurs diatribes.

Le FN entretient et se nourrit des divisions dans notre société. Il monte les jeunes contre les anciens, les riches contre les pauvres, les ruraux contre les urbains, les policiers contre les mecs de cité… mais cela est précisément l’antithèse de la République et donc de la France. Notre Histoire est celle de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, c’est-à-dire du rapprochement des peuples et des cultures. Dire autre chose revient à afficher et revendiquer son ignorance de l’Histoire de France, militer pour la division revient à la rabaisser et la trahir (comme je l’écrivais ici même il y a un an et demi). Eux sont anti-français ! La France, ce n’est certainement pas cela. Si j’en avais douté l’espace d’un fugace instant, vous — grâce à ce que vous dites dans vos messages — m’avez clairement rappelé l’Universalité de notre pays et l’Unité de sa Nation, sans distinction d’aucun ordre.

Notre lutte, au-delà des esprits partisans, au-delà de la droite ou de la gauche, est un combat pour la Justice. La France doit reconnaître tous ses enfants dans leurs droits, notamment dans le droit inaliénable, des hommes et des femmes, à la Liberté. Dans un monde capitaliste, la Liberté c’est aussi la capacité que l’on a de consommer. On peut s’en attrister et espérer un « autre monde ». Pour ma part, je vis dans le monde, ici et maintenant ; je vois quotidiennement des gens galérer, ici et maintenant ; dix millions de pauvres en France, ici et maintenant ; j’observe malheureusement le FN prendre du poids, ici et maintenant ; alors je pense que le combat n’est pas demain et ailleurs. Je ne crois pas à un « autre monde » que l’on construirait « en se prenant tous la main autour de la planète avec des fleurs dans les cheveux ». Le combat pour les droits sociaux et civiques, c’est tout de suite qu’il faut le mener. Il est inacceptable que nos frères et sœurs en citoyenneté soient mis au ban de notre société, au prétexte de leur adresse, de la couleur de leur peau ou des convictions qu’ils nourrissent dans leur intimité.

Je ne laisserai jamais personne venir m’expliquer que je suis moins français ou moins je-ne-sais-quoi. J’aime le monde et j’aime ma France, ses collines, ses petits villages, ses clochers… Mais, j’aime aussi ses centres-villes et ses quartiers, ses tours qui s’illuminent quand on rentre le soir en hiver, ses soirées à discutailler assis sur un vieux banc. Tout cela, c’est mon histoire et je ne laisserai pas croire que cette Histoire n’est pas française.

Voilà, je suis désolé si ma plume s’emporte un peu. En commençant ce texte, je m’étais promis de simplement vous répondre en vous remerciant avec le cœur. Cependant, il semblerait que je ne parvienne à contenir mes mots lorsqu’on évoque le FN.

En tous cas, si je devais retenir une chose du travail de Ghislaine Buffard et Melissa Theuriau, c’est qu’il m’a permis d’échanger avec vous quelques lignes. En fait, c’est déjà énorme.

Merci du fond du cœur,

Yoan

§

P.S. : comme je ne sais pas comment vous faire plaisir à mon tour, je vais prendre un risque et vous offrir trois petites pierres musicales de mon jardin :