Archives de janvier, 2013

« Il était un homme libre qui disait

tenir, debout dans le vent »

Emily Loizeau

Liberté, j'écris ton nom

Souvent, on me demande au détour d’une conversation ce qui peut pousser certains jeunes à l’engagement, à mettre des soirées entre parenthèses pour une réunion associative, à sortir distribuer des tracts, à croire encore que le monde peut changer. Ma réponse tient à dire que notre génération porte la Fraternité au premier rang de ses préoccupations, qu’elle veut être « Fière et Libre ». Faire le tour du monde. Le changer peut-être. On me répond que je suis un théoricien qui n’a pas compris les réalités du monde. Que je parle de valeurs que je ne maîtrise pas.

@vous : aux yeux de la génération du baby-boom, pourrais-je maîtriser quoi que ce soit (à part peut-être un ordinateur), moi qui n’ai pas trente ans ? 

Les aspirations de notre génération se heurtent aux principes de celle qui nous précède. Classique. Ces théories tiennent en une expression : « Tu as le temps ! ». Combien ont eu les oreilles pleines de ces déclarations invitant à la mesure et à la patience ? Chaque jeune intégrant le monde professionnel est balayé du revers de cette main invisible. La principale attaque consiste à nous présenter comme étant collectivement et individuellement peu crédibles car nous n’aurions « encore rien fait » et ne serions que dans « des posturesqui ne peuvent pas tenir devant la réalité des événements du monde ». Le plus fort argument de ces gens-là survient lorsque, n’en pouvant plus, ils finissent par lâcher avec tout le mépris nécessaire : « de toute façon, tu crois savoir, mais tu ne sais rien ».

La seule réponse qui vaille ? Le silence. Un peu de silence. On regarde le monde. On tourne autour. On cherche le langage des oiseaux. On trouve Attar. On s’envole. On veut expliquer. On n’y arrive pas. Ils poussent. Argumentent. Frappent. Pas de place. Pas de mot. On est acculé. Il n’y a même pas d’ordi’ pour essayer de trouver sur Wiki ce que l’on veut dire, montrer des images ; pas la possibilité de prendre l’I-Phone pour biper un pote qui a déjà vécu cette situation…

@vous : si la bienséance ne nous interdisait pas d’appeler au téléphone pendant qu’on se fait sermonner, on aurait le temps de parler à ce pote, parce que les baby-boomers continuent de parler sans cesse, des heures et des heures, ils ont appris cela en section de la LCR ou en cellule communiste, à la grande époque : « Surtout, quand tu as la parole en AG, tu ne la lâches pas ! On sait jamais c’qui peut se passer ! Les fachos (à l’époque, la personne en désaccord était souvent considérée comme fasciste, rapport à l’histoire d’avant) en face pourraient commencer à argumenter ! Le camarade au deuxième rang te fera signe pour arrêter ». Le problème, c’est que maintenant il n’y a plus ni AG, ni camarade pour faire le signe. Mais, on a dû oublier de le préciser à quelques anciens coco-stalino-trotsko-maoïstes. Alors, ils parlent. Ils parlent. Ils parlent. Du coup, moi, le petit jeune qui débarque, je ne peux vraiment pas en placer une.

On lâche. Un mot. Merde ! Ils ont gagné. On va s’enfermer entre quatre murs et dix dossiers, des vrais, des qui font vachement tout bien avancer le monde comme depuis vachement longtemps. On s’entend dire ça. On ne sait plus parler. Silence.

Il me semble que nos pères ne nous considèrent pas comme pairs car ils ne nous connaissent pas. Je dirais même qu’avant de nous connaître, ils ne nous reconnaissent même pas. Nous sommes la fameuse génération Y. Cette entité si obscure, voire absconse, pour eux, qu’on lui a accolé une lettre ésotérique pour la désigner. Ainsi, nous pourrions commencer par questionner¹ le « Y ». Cette lettre « Y » présente des problèmes récurrents de linguistique. Au point, qu’à travers les âges, on n’a jamais vraiment su comment la prononcer : /i/, /y/, /j/, /u/, /v/ ou /wai/. Cette lettre « Y » était le symbole, dans la démarche pythagoricienne, du choix que devait faire le profane pour être initié, puis l’ensemble des choix dans le chemin de la vie. En outre, le « Y » a, graphiquement, ses deux branches orientées vers le haut. Certains pourraient en déduire que les choix élèvent quels qu’ils soient. Par conséquent, le principe de choisir serait plus important, plus révélateur que les conséquences induites.

Je vais tenter de donner mon point de vue — qui ne sera que le mien  sur notre génération « Why ? » à travers trois exemples tirés de mon expérience ou de celles de mes potes.

Le premier exemple réside dans la récrimination que l’on nous fait de multiplier les moments de rencontre au détriment « du vrai travail derrière le bureau ». Un article de Libération,daté du 25 juin 2012, relève quelques griefs : « fainéants, extravertis, profiteurs du système ». Parmi ces reproches, peut-être y en a-t-il de justifiés. Toutefois, nous pourrions aussi opposer que notre génération considère que le système actuel, produit et dirigé par la précédente (souvent issue de 1968 ou qui avait 20 ans dans les années 70), n’est pas un modèle satisfaisant pour nous. N’ayant pas résolu la crise, il l’a même aggravée. Cette génération a bien essayé de se révolter contre le mouvement historique du Capital, mais, en définitive, ces tentatives sont restées vaines, malgré les énergies déployées et les engagements militants extrêmes. Qui, dans la génération de ceux qui tiennent les responsabilités aujourd’hui, ne fut pas communiste, trotskyste, maoïste, écologiste de la première heure, etc. ? Qui, chez nos DGS, DRH, DAF, enseignants, responsables de secteurs ou consultants seniors, n’a pas éprouvé le besoin de lutter frontalement contre le système dans sa jeunesse ? Malgré tout cela et sans juger la génération du baby-boom, le système qui a émergé sous leur impulsion a grossi les contours du libéralisme économique en oubliant de l’équilibrer par un libéralisme social, c’est-à-dire par une redistribution accrue des richesses et un abattage des carcans qui nous contraignent. En effet, rendre libre un individu, c’est d’abord lui donner l’ensemble des moyens de son émancipation, en le dégageant de trop lourdes contraintes matérielles. Or, aujourd’hui, si la population est globalement plus riche qu’elle ne l’était par le passé, les situations de pauvreté et de précarité se multiplient au point d’être de plus en plus nombreux à penser que notre génération pourrait être la première à vivre plus pauvrement que celle de ses parents. De plus, nous, la génération Y, ne sommes pas ceux qui avons choisi de détruire les liens sociaux et de plonger les sociétés occidentales dans l’individualisme à outrance, sous le prétexte — fallacieux, cela va sans dire  de « mettre chacun devant ses responsabilités ». Face à ce constat, nous mettons en œuvre de nouveaux liens sociaux. Facebook, Twitter font partie des leviers les plus connus, avec leurs atouts et leurs défaillances. Surtout, dans le cadre professionnel (mais aussi privé), nous multiplions les rencontres, les moments d’échange. La mesure et l’évaluation de notre travail effectif ne peuvent plus se faire au regard du nombre d’heures passées assis derrière un bureau. D’ailleurs, il me semble que le bureau n’est pour nous qu’un lieu de passage, que le travail se fait ailleurs et autrement que pour nos aînés. Mais, attention, je ne cherche pas à dire que nous sommes meilleurs. J’essaye simplement d’exprimer notre désir de faire autrement. Au contraire de nos pères, nous ne luttons pas frontalement contre le système. Nous y puisons ce qui nous intéresse et contournons ce qui nous semble inutile, voire nuisible. Cela ne veut pas dire, pour autant, que nous ne sommes pas attachés à l’action collective et dépourvus de tout sentiment d’altérité. Nous avons une autre vision de l’altérité. Pour nous, l’autre n’est pas celui que l’on porte sur ses épaules pour toujours, mais celui qu’on choisit à un instant donné pour accomplir quelque chose ensemble. Par ailleurs, nos attaches ne sont pas éternelles mais durables. Je veux dire qu’il nous est plus important de créer des liens de partage et de partenariat que des liens de vie. Les partenariats peuvent être plus ou moins longs dans le temps, mais ne sont jamais des poids. La notion de choix est pour notre génération déterminante quant aux personnes dont on s’entoure.

Le deuxième exemple, c’est le fameux problème de la cravate, voire du costume. Si on la porte, les dirigeants nous disent « tu te prends pour quelqu’un que tu n’es pas », « tu veux tout écraser, en mettre plein la vue », « tu es bling-bling », etc. Si on ne la porte pas, on« n’est pas rigoureux », on « ne respecte pas les codes et le job », on « ne rentre pas dans le moule ». Rentrer dans le moule, précisément, est l’expression qui me heurte le plus. De quel moule s’agit-il ? Le moule global représenté par le monde ? Le moule de l’entreprise ? Parce qu’honnêtement, le monde et l’entreprise, j’ai vraiment l’impression d’y être ancré. Mes deux pieds avancent sur le même sol que ce quinquagénaire quis’époumone devant moi, à en attraper de l’urticaire. Il me semble que le problème intervient souvent lorsque nous, la génération Y, n’entrons pas dans le plan établi pour nous, par ceux qui nous formulent tous ces reproches. Ce plan est simple comme la lune : inscrire nos pas dans ceux de nos devanciers en leur prêtant allégeance, c’est-à-dire ne surtout pas avoir de libre-arbitre et ne jamais questionner. Nos prédécesseurs générationnels détestent les questions. Or, nous sommes une génération qui questionne tout et tous. L’incompréhension entre nous peut être symbolisée par la tenue vestimentaire. Les jeans-baskets répandus dans toute la société nous seraient ainsi interdits. Quant au costume, il s’agirait pour nous qu’il ne soit pas taillé sur mesure. Nous serions mieux perçus si nous portions des costumes low-cost mal taillés, qui marqueraient ainsi une position sociale inférieure. Le baby-boomer ne saurait accepter que nous soyons mieux vêtu ou plus détendu de l’habit que lui. À l’époque où il avait notre âge, il dut se conformer à cette règle, alors il va de soi que nous le devrions aussi. Seulement, notre génération pense autrement. Elle s’habille comme elle le sent. Elle choisit ses tenues en fonction de ce qu’elle veut mettre en avant : détendue, fashion, roots, etc. Nous faisons le choix de ne pas reculer sur cette question. Là où la génération précédente s’est battue contre le port de l’uniforme scolaire pour ensuite se conformer à l’uniforme professionnel, nous voulons poursuivre la dynamique pour faire reculer l’uniforme partout. Je m’habille comme je veux car je montre ce que je veux de moi. Pas plus. Pas moins. Cela ne veut pas dire que nous soyons forcément dans l’excès, avec des tatouages sur la figure, des piercings sur les joues, etc. Notre liberté passe aussi par nos habits. Or, notre Liberté, nous ne la négocions pas, certainement pas au regard du nombre de zéros sur notre fiche de paie. De toute façon, des zéros en plus sur la fiche de paie, cela fait longtemps que nous y avons renoncé. La crise, engendrée par la gestion du monde de la jeunesse des sixties et des seventies, nous a fait perdre toute forme d’illusion en matière de rémunération. Ce n’est pas un reproche. Il s’agit d’une observation. Alors, en plus, nous n’allons pas nous prendre la tête à nous conformer aux tableaux « Ricoré » sortis de l’imagination des quinca’. On vit tranquille. Le matin, le téléphone sonne l’heure du réveil. Un regard sur l’application agenda : il n’y a pas de réunion ce jour. Alors, ce sera jeans/t-shirt/petite veste de costard bleue et ma bonne vieille paire de Converse. Tranquille.

Le troisième exemple est contenu dans la position régulière du « quand j’étais jeune, j’en ai bavé, alors c’est normal que tu en baves aussi ». C’est la posture de nombreuses personnes en poste, issues du baby-boom (pas toutes, heureusement). Pour ceux de la génération Y qui réussissent à décrocher un emploi (ce qui est loin d’être facile pour nous), la probabilité de devoir faire face à ce type de remarques est élevée, pour ne pas dire incontournable. Cette situation est difficile lorsqu’on est en position hiérarchique inférieure. Elle devient intenable à position égale ou supérieure. En effet, l’une des spécificités de la génération Y est d’être proportionnellement plus diplômée que les précédentes. Ainsi, si elle a du mal à s’insérer sur le marché de l’emploi et doit multiplier les contrats de courte durée, certains de ses membres (une proportion infime) réussissent à décrocher des postes à responsabilité plus rapidement que la génération du baby-boom. On trouve là aussi une caractéristique de la génération Y : les responsabilités d’un emploi et le statut qu’il confère sont plus importants que la rémunération ou le prestige de l’entreprise. En outre, les « why » ne cherchent pas à percevoir un salaire, mais un revenu. Le travail n’étant pas l’Alpha et l’Omega de notre vie, nous cherchons notre salaire ailleurs. Pas en monnaie sonnante et trébuchante. Ce salaire peut être reçu par le fait de prendre un kiff en voyageant, en faisant du sport, en répétant avec un groupe de musique, en pratiquant le yoga, en s’éclatant aux jeux vidéo, etc. La satisfaction est plus importante que l’argent, à partir du moment où nous avons compris qu’en passant notre vie au travail, nous ne pourrions pas profiter de l’argent qu’il nous rapporte. Plus encore, la grille des rémunérations ne nous est de toute façon pas favorable, alors à quoi bon s’évertuer contre un système qui ne souhaite pas partager ses richesses avec nous. Par conséquent, la génération Y ne thésaurise pas et nous connaitrons beaucoup de difficulté à acheter une première voiture digne de ce nom, voire à devenir propriétaires de notre logement, surtout parmi ceux d’entre nous qui proviennent des classes sociales les moins favorisées. Même avec un bon emploi et un bon revenu, il faudra du temps et de la rigueur budgétaire.

Pour revenir au point de départ de ce développement, je disais toute la difficulté qu’un « why » aura s’il se trouve à niveau hiérarchique supérieur ou égal à un baby-boomer. Ce dernier éprouvera la nécessité de lui barrer la route par tous les moyens car il considérera anormal qu’un jeune débarqué ait un tel statut. L’un étant souvent plus diplômé que l’autre, le second fera jouer le poids de son « expérience » pour toujours reléguer le Y derrière lui, lorsqu’il s’agira de construire une décision ou de mener le management de l’organisation. Les entreprises ayant conscience de ces assertions auront ainsi quelques réticences à confier des postes sensibles comme la Direction des Ressources Humaines à un jeune Y. On réintitulera le poste d’un vague RRH, au-dessus duquel sera positionné une sorte de référent. Quand les événements iront dans le bon sens, le référent sera loué, s’ils tournent négativement, le jeune RRH sera symboliquement mis au pilori. Bien entendu, il y a des entreprises qui font le pari de la jeunesse sans le regretter et la situation décrite n’est pas mécanique.

Pour conclure, quelques chiffres : la génération Y représente 13,6 millions de personnes, soit près de 21% de la population. En France, une personne sur cinq est un Y. Cependant, il semblerait que persiste une dichotomie entre le poids démographique et la prise en considération sociale de cette classe d’âge, même si cela avance. Le monde de l’entreprise a intégré la nécessité de questionner son management pour proposer des modèles en adéquation avec les caractéristiques des Y. C’est loin d’être le cas dans la Fonction Publique, qui garde ses conservatismes et où les responsabilités ne se partagent pas avec les jeunes. Cela tient pour beaucoup au cursus honorum en vigueur dans le public, où la carrière progresse pour l’essentiel avec les années et moins en fonction d’objectifs. Il y a par-ci, par-là des tentatives de nouveaux types de management inspirés du privé. Mais, trop souvent, ces tentatives ne sont que des masques, aussi ténus qu’hypocrites, pour cacher la réalité d’un système détenu par une gérontocratie soucieuse de sauvegarder ses prérogatives. Les individus, dans la grande majorité des postes de directions générales, ont dû suivre la carrière et serrer les dents pour y parvenir. Désormais parvenus, ils ne veulent surtout pas faire évoluer le système qu’ils ont eu tant de mal à prendre. Ainsi, un Y voulant faire carrière dans le public n’aura d’autre choix que de prêter allégeance. Sinon, on lui mettra toutes les peaux de banane possibles sur le chemin. Sa vie professionnelle deviendra des plus compliquées. Cela est d’autant plus remarquable dans le cadre relationnel particulier de la Fonction Publique, où les rumeurs de bureau sont aussi dangereuses qu’un poison dans la Florence des Médicis.

Je disais en introduction que la Fraternité est l’une des valeurs privilégiées de la génération Y. Au passage, on y trouve l’une des explications de la forte adhésion des jeunes à la candidature de Ségolène Royal en 2007. La Fraternité passe par la reconnaissance de l’autre comme étant son égal, au-delà de son âge ou de toute autre considération. Cela n’exclut nullement la transmission de savoirs entre les générations qui se côtoient, mais cette transmission ne se fera pas verticalement, elle s’établira horizontalement. Si les Y peuvent accepter d’être initiés à la connaissance, ils n’accepteront pas les bizutages liés à ces initiations. Nous sommes d’une génération dont l’horizon est très flou, alors nous vivons l’instant de façon totale. Ainsi, nous ne pouvons pas accepter d’être relégués en attendant des jours meilleurs et encore moins le Grand Soir auquel nous n’avons jamais cru. Nous n’avons pas été éduqués à l’avenir. Nous sommes nés dans le chômage, le sida et les violences. La première des violences, c’est la violence sociale qui est notre quotidien. Je rappelle que nous sommes la génération à laquelle on veut faire avaler le chômage comme préalable au premier emploi, la destruction du CDI, l’augmentation de la durée du temps de travail à toutes les échelles, la fin de la couverture maladie universelle, etc. Dans ce contexte, on nous a accoutumés à prendre ce que l’on peut maintenant, sans attendre demain. Parce que demain, c’est loin et il n’y aura peut être plus rien à prendre. Alors, oui, nous prenons tous nos congés. Nous arrivons le plus tard possible au travail. Nous rentrons dès que nous le pouvons. Cependant, tout cela ne veut pas dire que nous ne faisons pas notre travail et même du bon travail.

Enfin, je ne pourrais terminer cette rapide contribution sans dire qu’il y a des organisations qui font confiance à la génération Y sans le regretter. Souvent, cela passe par des relations où les anciens reconnaissent le « why » comme pair. Comme jeune pair, peut-être, mais dans un traitement d’égal à égal, où la contribution de chacun est respectée et éloignée de toute lutte de pouvoir. In fine, il s’agirait de ne pas céder devant ceux qui aimeraient présenter les choses comme un combat générationnel : Y vs le reste du monde. Pour ma part, je tente de ne pas tomber dans ce piège. Dans ma vie professionnelle, j’entends tous les reproches imaginables. Je retiens ceux qui ont trait à mon travail parce que je veux progresser. Les autres reproches d’ordre générationnel et de pouvoir, je leur réponds en fredonnant la chanson d’Emily Loizeau, Vole le chagrin des oiseaux.

@vous : Parce qu’il y a quand même des trucs plus importants dans ce monde 

Finalement, ce conflit générationnel, mais surtout la défiance récurrente vis-à-vis de la jeunesse est un mal profond de notre société, de notre civilisation. Elle commence, dans le monde de l’entreprise, quand l’apprenti n’a plus de parrain. Du moins, quand l’ancien de la boîte considère le jeune comme une menace et non plus comme la continuité d’un savoir-faire. Nous voudrions faire vivre l’idée du transfert générationnel, qui ne peut s’effectuer que dans un cadre de confiance et de respect mutuel.

Ensuite, la jeunesse sur le plan politique est une force certaine et néanmoins si mal utilisée. Je me rappelle de Laurent Fabius, lors de sa candidature interne en vue de l’élection présidentielle de 2007, disant que le plus grand mal de notre pays est que sa jeunesse n’a plus de projet pour l’avenir et qu’il faudrait y remédier d’urgence. Je repense au candidat François Hollande qui n’avait pas manqué de mettre l’accent sur la jeunesse (et l’emploi !). Au-delà des espoirs suscités, il est impératif que nous, la jeunesse, soyons collectivement exigeants et responsables pour concrétiser ces paroles en actes… sans attendre demain.


 ¹De Ruyt Franz. L’idée du « Bivium » et le symbole pythagoricien de la lettre Y. In: Revue belge de philologie et d’histoire. Tome 10 fasc. 1-2, 1931. pp. 137-145.

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