Archives de août, 2012

« La Parole reflète l’Âme »

Sénèque

« La Raison et la Parole unissent les hommes entre eux »

Cicéron

Depuis trois mois, la France est à nouveau gouvernée par la gauche, après dix longues années d’un règne sans partage d’une droite républicaine devenue sarkozyste sur la fin. Contrairement à la tradition, le Président de la République n’a pas connu, durant ces cent premiers jours de gouvernement, la vague porteuse sur laquelle tous ces prédécesseurs ont eu le bonheur de surfer. Notre époque ne voit plus les douces lames formées au large par les alizés, mais s’attache bien plus à compter l’écume des jours au bord des rochers.

Pas d’état de grâce. Plus d’État. Plus de grâce. Cela s’explique en grande partie par la campagne que nous — peuple de France  avons choisie : pragmatisme, responsabilité et concertation en ont été les maîtres-mots — plus ou moins bien compris, tant le traumatisme sarkozyste fut profond ; un traumatisme dont l’un des effets est de ne plus entendre la langue. Le choix d’une présidence qualifiée de « normale » a pu interpeler, mais cela n’est qu’un juste retour à l’ordre et à la norme constitutionnels : un Président qui préside, un gouvernement qui gouverne, des parlementaires et des corps intermédiaires respectés. Un retour à l’État… en attendant quelques grâces.

Au-delà de ces questions de forme, capitales mais impactant peu le difficile quotidien d’une majorité de nos concitoyens, le plus gros chantier reste celui de l’action politique. Le dévoilement du calendrier de la première année de mandat a été un geste fort, motivé par la confiance que nous avons en notre capacité d’action, marqué de la solennité du serment. Tout en honorant nos engagements, il nous faudra demeurer dignes et consciencieux dans l’administration de nos comptes publics. Le redressement de l’économie passe par leur assainissement et le comblement partiel de notre dette. Sans aller jusqu’à promettre du sang et des larmes, nous ne pourrons faire sans quelques efforts. Notre tâche essentielle de socialistes étant de faire en sorte qu’ils soient justement et équitablement répartis. Ainsi, le premier travail du gouvernement est de reconstruire la Fraternité dans son rôle de balance équilibrant la Liberté et l’Égalité. Cela nécessite une capacité de projection à travers le temps. Pas seulement vers le futur — comme le veut la mode de ces politiques promettant des lendemains chantants , mais aussi en conscience avec notre passé collectif. Nous avons tout dit en lançant avec joie et sagesse : « le Changement, c’est maintenant ! ». Nul doute que François Hollande est un fils de l’Instant. Nous serons vigilants afin que ceux qui portent sa politique, les ministres et parlementaires, le soient avec autant de rigueur.

Mon éducation me pousse à penser que la Vertu première — peut-être la seule  d’un Homme est contenue dans sa parole, qui a lieu d’engagement. Les centaines de nos concitoyens rencontrés sur le chemin de cette longue campagne électorale, commencée au lendemain des cantonales de 2011 et achevée le 17 juin 2012, ont sans exception rappelé qu’ils attendent avant tout des responsables politiques qu’ils tiennent leurs paroles. Ainsi, je me questionne lorsque je vois fleurir les appellations du type « député-maire ». Nous croyions celles-ci disparues avec la signature, par l’ensemble des candidats socialistes à l’Assemblée Nationale, au bas d’un document stipulant qu’aucun ne cumulerait mandat d’un exécutif et mandat parlementaire, s’il était élu. La vigne a fleuri en même temps que fleurissait notre victoire, entre mai et juin. Or, on ne peut pas juger un vin au moment de la floraison. Alors, je veux croire que l’espoir est permis, que le tanin de notre action politique sera au moins aussi dense que celui d’un Saint-Chinian ou d’un Corbières, ces petits vins de cette terre d’Oc, là où l’on est des Hommes, rien que des Hommes, et où la parole donnée ne se trahit pas…

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