Archives de mai, 2012

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«Il est faux de croire que l’échelle des craintes correspond à celle des dangers qui les inspirent. On peut avoir peur de ne pas dormir et nullement d’un duel sérieux, d’un rat et pas d’un lion. »

Marcel Proust, Le Temps retrouvé.

Un débat. Une dualité. Des faits. Des réactions, de part et d’autre, à chaud. De pâles récitations apprises par cœur sur des fiches bristol. Des médias. Des médias. Des médias encore et toujours. Deux temps. Instant contre Immédiat. On cherche le gagnant – et il n’est pas difficile de le trouver – avec pour seul but d’épargner celui qui a échoué. Deux temps. Ce que l’on voit et ce qu’ils en disent. Quelle est cette esthétique où celui qui perd un combat est déclaré ex aequo, à la photo-finish, alors qu’il n’a même pas eu la force de jouer le sprint ?

La presse régionale a repris mes propos d’avant-débat où je déclare que le combat opposera « un gladiateur à un chat ». Il eut été intéressant de les entendre dans leur intégralité. « En 2007, M. Sarkozy était un lion. Nous sommes en 2012. Dans l’intervalle, le lion s’est mué en chat ». Dans un élan, un élan que je voulais émancipateur pour toutes celles et tous ceux des miens qui ont été insultés, abaissés, bafoués dans leurs droits comme dans leurs devoirs, j’ai ajouté « un chat de gouttière ». Un chat de gouttière n’a ni élégance, ni éducation. Il est un félin du vulgaire. Pour se faire juge de cette assertion, il suffit de relire le quinquennat de ce Président qui ne fut que candidat. Je ne retire pas ces propos. Je les assume dans leur intégralité et c’est un bien faible retour des choses. Je ne suis pas de ceux qui tendent la joue devant le « karcher ». Pour autant, je combats et je combattrai ces individus hors de la légalité qui sévissent dans nos quartiers, dans nos villes et dans nos villages. Mais je n’abandonnerai jamais ces femmes et ces hommes qui se battent quotidiennement pour trouver un travail, pour le conserver, pour joindre les deux bouts. Jamais, je ne baisserai la tête devant cette UMP de nouveaux riches, tenante du bling-bling et passerelle d’une idéologie anti-républicaine qui fait honte à la vraie droite, celle qui prit sa part avec nos camarades dans le combat, puis au sein du Conseil National de la Résistance, celle de Philippe Seguin ou du Président Chirac refusant l’absurdité d’une guerre injustifiée. Comme le rappelle Mathieu Klein, « cette façon de faire de la politique laissera des traces sur notre pays ». Les propos de MM. Guéant, Copé, Bertrand et consorts, dont la flamme a été attisée par le Président sortant, ont heurté la France en son cœur. Parce que je suis un enfant de l’Ecole républicaine, parce que j’ai grandi avec ces gens que M. Sarkozy et le Front National n’ont eu de cesse de porter à l’échafaud dans leurs meetings comme dans leurs actions politiques, je serai de ceux qui rappelleront les gouttières et tous les autres écueils dans lesquels la droite-extrême s’égare. C’est mon honneur et mon devoir.

Pendant ce débat, ma subjectivité était à son apogée, renforcée par la prestation des deux hommes et l’atmosphère fraternelle dans laquelle mes amis et moi nous trouvions. Après une heure d’échange, de multiples SMS me sont arrivés. De Chartres, de Limoges, d’Ardèche, de Lille, de Bordeaux, de Marseille, d’Evian, de Paris, de Londres, de Bruxelles, de Luxembourg, du Pays-Haut, de la Vallée de l’Orne, de celle de la Fensh, du Saulnois et de Moselle-Est, les messages portaient une unanimité : « Yoan, nous sommes fiers ! Fiers de cette France que François Hollande nous propose ! ». Des proches de droite comme de gauche, représentants de toutes les couches sociales, se levaient d’un seul mouvement. Comment ne pas être ému ? Comment ne pas être assuré de la force de François Hollande ? Les premières prises d’antenne d’après débat, de BFM et d’I-télé, m’ont fait redescendre sur terre. Les commentateurs présentaient un duel « assez équilibré »…  

Afin de reconstruire mon opinion sur des bases assainies, c’est-à-dire en tentant d’évacuer le plus possible ma subjectivité, j’ai regardé ce débat par trois fois, tout au long de la nuit. Au lever du soleil, mon avis était construit. Nous avions d’un côté un homme portant ses idées, donnant la réplique, se battant sur tous les fronts, ne cédant pas devant l’adversaire même lorsque la fatigue intellectuelle et physique apparaissait. Certes tout n’a pas été parfait, mais François Hollande a fait face dignement. Son corps incarnait son positionnement : droit, volontaire et mesuré. Cet homme a proposé une vision. C’est un droit inaliénable que de pouvoir être en désaccord. La liberté d’opinion fait partie de notre engagement. En face, il y avait Nicolas Sarkozy. Sa seule offre était de se vendre. Il l’a fait avec son talent. Il l’a aussi fait avec ses contradictions. J’ai relevé une phrase qui résume sa présidence. « Une fonction que j’ai appris pendant cinq ans » Tout est dit du paradoxe sarkozyste, se présentant comme « un capitaine dans la tempête, fort, serein et ayant une vision pour la France » mais qui, dans le même temps, n’a pas su mettre en œuvre toutes ces qualités durant son mandat. Cet homme a un bilan qu’il ne peut effacer. Hier, M. Sarkozy a tenté de trouver une parade : il aurait été en apprentissage. Cinq longues années d’apprentissage. Etait-ce le sens de sa campagne en 2007, lorsqu’il pointait les soi-disant « incompétences de Ségolène Royal, pas à la hauteur » ? Nous avait-il dit, à nous, citoyens français, que nous lui octroyions par notre vote, une formation de cinq ans avant qu’il ne devînt vraiment Président de la République en 2012 ?

Une question se pose : si M. Sarkozy a « appris le job » ces cinq dernières années, qui a présidé la France pendant l’intervalle et qui a été l’enseignant de l’élève ?

Reprenant le mot de M. Sarkozy, il nous faut en tirer les conclusions. S’il a suivi un enseignement de cinq ans, l’heure de l’examen est venue. Dimanche 6 mai 2012, le Peuple parlera de sa Voix Une et Indivisible, quel que soit celui qu’il choisira. Pour ma part, je soutiendrai à nouveau François Hollande comme je le soutiens depuis deux ans.  

Article paru dans Le Républicain Lorrain du 03-05-2012