Archives de avril, 2012

Le premier tour de l’élection présidentielle a placé François Hollande en tête, devant le candidat-président sortant. Dans toute l’Histoire de la Ve République, jamais nous n’avions vu pareil rejet. Les 10 273 582 voix qui se sont prononcées favorablement au projet socialiste devraient réchauffer nos cœurs. Mais, j’ai beau me repasser le film de cette soirée, encore et encore, j’ai beau me dire que la gauche a une opportunité forte de remporter une victoire éclatante le 6 mai prochain, je n’arrive pas à me réjouir complétement. Ce matin, le ciel français a revêtu son manteau gris comme pour nous montrer que le soleil ne brille pas encore totalement. De là où je me trouve, je vois le drapeau tricolore au sommet de la pointe du Centre Pompidou. Le vent le soulève fièrement au-dessus de ma chère ville de Metz. Pourtant, quelque chose ne va pas. L’angle par lequel je vois notre étendard, me le présente comme flottant à l’envers. L’image est d’une puissance sans faille tant elle rime avec l’état dans lequel je me situe depuis hier, 20h : quelque chose ne tourne pas rond. Ce quelque chose a un nom, un visage et même un poids électoral. Ce quelque chose a une existence que personne ne peut plus nier. 

Ma soirée s’est assombrie, alors qu’apparaissait une tête blonde illuminée, d’où deux yeux d’un froid bleuté venaient frapper le cœur des républicains, c’est-à-dire le cœur de la France. Il y avait, aussi, ce sourire. Elle avait gagné, elle le savait et si elle en doutait, son père était là pour la rappeler à ses devoirs. Pendant les deux prochaines semaines, le Front National tiendrait l’avenir de la République française entre ses mains. Ce matin, je prends conscience de l’ironie de la chose. La République attachée aux lèvres de l’anti-France. Il faut le dire, le Front National n’est pas républicain par la nature de sa constitution et par l’essence de ses propositions. Or, la France n’a d’incarnation que dans le cadre républicain. Dire cela, ce n’est pas s’égarer dans une vision partisane de notre pays, c’est simplement connaître notre Histoire. La République est le modèle que les Français se sont choisi car il est le modèle naturel de la France. 1792 l’a imposé. 1848 l’a défendu. 1875 l’a assumé. 1945 l’a rétabli. 

Par conséquent, le Front National ce n’est pas la France et les valeurs qu’il porte sont même antifrançaises. La France c’est l’Universalisme, le FN ne connaît que des frontières symboliques et physiques. La France c’est la Nation, le FN ne voit que des communautés. La France c’est une Histoire pleine et entière, vécue et assumée, dans la grandeur comme dans les douleurs, le FN ne sait que réviser. Philosophiquement, le FN ne peut pas être français. Si la condamnation est implacable pour ce parti et l’idéologie qu’il porte, elle ne peut et ne doit pas l’être pour ses électeurs. D’abord, parce qu’ils sont nos frères et sœurs dans la Nation. Ensuite, parce que la maîtrise du jeu médiatique et la très bonne communication de Madame Le Pen ont permis au FN de cacher la réalité du programme qu’il porte, préférant ne rien en dire pour mieux tromper. Enfin, parce que le FN a su porter un constat, celui du ras-le-bol de nombreux Français et que cela constitue une réalité indéniable pour celui ou celle qui milite sur le terrain. 

Depuis six mois que je traverse la Moselle, j’entends, partout et de tous, un sentiment d’abandon, des craintes exacerbées pour l’avenir et une volonté d’en découdre. C’est dans ce dernier aspect que nous pouvons trouver la Force nécessaire pour remporter l’élection présidentielle du 6 mai et les législatives qui suivront. Cette volonté d’en découdre, c’est le principe de base qui rassemble tous les Français, de métropole, d’Outre-Mer et d’ailleurs. Ce principe universel est éminemment français : la Révolte.

La Nation n’est faite que de femmes et d’hommes révolté(e)s, capables de dire « non » face à des décisions inacceptables, capables de dire son ras-le-bol, capable de sortir du cadre lorsque cela s’avère nécessaire. Mais, si le peuple français dit « non » dans un premier sursaut, ce même peuple positive toujours dans un second temps. Je veux dire par là que le peuple français est un peuple bâtisseur qui a construit une société unique avec des références symboliques uniques, basées sur une trilogie unique. Notre devoir, à nous, socialistes — qui sommes socialistes parce que nous sommes, avant toute considération, républicains —, c’est d’entendre le cri de 18% des citoyens français. D’entendre, de comprendre et d’entreprendre. Entendre le constat que le FN a porté. Comprendre, sans jugement ni passion, que des Français ont voté à 18% pour le FN. Entreprendre, la reconstruction de notre pays abaissé, dégradé et segmentarisé par la politique conduite par M. Sarkozy et l’UMP. À l’instar de ce que nous avons fait depuis le début de cette campagne, nous devons nous emparer de tous les sujets. Mais, nous devons le faire avec encore plus de Force, de Sagesse et de Beauté. La Liberté de tous doit être assumée par tous, à commencer par celle de croire en l’avenir. En cela, l’École républicaine est le lieu où les Français, sans distinction, doivent être éduqués à la Liberté, celle de tous les possibles culturels, personnels et professionnels. En rappelant sans cesse que la Liberté s’équilibre dans le respect de la Liberté de l’autre. Mes amis, socialistes-républicains, nous devons parler de sécurité et expliquer comment nous rétablirons une police meilleure en nombre et en qualité ; comment la Justice pourra faire son travail parce que toutes les condamnations seront effectuées dans des prisons dignes et suffisantes, là où sous le gouvernement de la droite les condamnations inférieures à deux ans ont rarement de réalité pour ceux qui, sortis de la légalité, peuvent gaiement continuer leurs méfaits dans nos rues, sous nos yeux et au détriment des citoyens respectueux des droits et devoirs de chacun. Si nous disons cela, nous disons aussi que tout doit être mis en œuvre pour ne pas arriver à ces états. Chaque incivilité, chaque délit, chaque crime, nous dit que l’action politique n’a pas été suffisante pour le prévenir. Nous devons redire qu’il n’y aura plus de lieux de non-droit, car le droit est le premier principe d’Égalité. Économiquement et socialement — car l’économie n’a de sens qu’au service de l’humain, donc de la société —, il nous faut rappeler que les plus faibles revenus doivent être soutenus et qu’en cela ceux qui gagnent beaucoup doivent être ceux qui tendent la main aux autres, parce que nous n’avons d’autre choix que de vivre en Fraternité. Il ne doit y avoir aucune hésitation à mettre au ban ces financiers enrichis par l’exploitation de la misère et de la crise : nous séparerons les banques de dépôt, des banques spéculatives. Ce ne sont là que des exemples car je n’aurais pas, ici, la place d’aborder tous les sujets.

Simplement et humblement, de la place qui est la mienne au Parti socialiste, je redis la nécessité de reprendre la campagne en s’appuyant sur une première partie réussie et en tirant les leçons politiques, économiques et sociales du vote Front Nationale. Ce matin, sous l’impulsion de François Hollande, nous devons rassembler tous les Français, nous en avons le devoir et la responsabilité. Un cinquième d’entre eux se trouve à l’extrême droite, c’est avec respect pour ceux-ci, mais en réaffirmant nos convictions, qu’il nous faut les ramener dans le camp de la République et du progrès. 

François Hollande est un homme de progrès garant de nos traditions républicaines. 

Soyons nombreux à rejoindre la campagne et à nous battre jusqu’au 17 juin prochain !

 
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