Résistance

Publié: 05/02/2012 dans Culture, Mon soutien, Politique Nationale

« Dis ce que le feu hésite à dire

Soleil de l’air, clarté qui ose, 

Et meurs de l’avoir dit pour tous »

René Char


Nous vivons une époque où l’Histoire, en tant que savoir, est un enjeu politique, au point que certains se laissent aisément aller aux approximations, voire à la falsification.

D’abord, il y a eu cet homme allant insulter les Africains sur leur sol, dans leurs maisons. « L’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire » disait-il, lui, le fier Magyar. Avec du recul, nous pouvons dire que ses propos étaient d’autant plus vides de sens qu’ils étaient portés par un homme qui n’entend rien aux graves sonorités du temps. A ses trompettes, à ses orgues et à ses batteries frappant la mesure de notre Histoire, celle des Hommes, de tous les hommes et de toutes les femmes, et celle de notre belle et grande Nation…

Ensuite, le gouvernement UMP voulait mettre en avant les « bienfaits de la colonisation ». Il s’agissait d’expliquer que la France avait pris sa part dans « l’acte civilisateur » de l’Homme blanc sur les autres hommes, singulièrement l’Homme noir ou l’Arabe. Il s’agissait aussi de passer sous silence la méthode retenue par les puissances européennes, en cette fin de XIX e siècle, pour conquérir ces terres d’Afrique et d’Asie. Pire encore, notre gouvernement oubliait les préceptes de Thucydide voulant que l’Histoire soit ce travail par lequel « on rationalise les faits et explore les causes profondes des évènements, en écartant tout ce qui procède du mythe ou de la rumeur ». Les Morano, Lefebvre et consorts, grands adeptes du net, n’avaient même pas besoin de se plonger dans « La Guerre du Péloponnèse » pour découvrir ce qu’est l’Histoire avant de proposer des choses si grotesques. Il faut croire que ces gens-là ne connaissent même pas Wikipédia. Ce serait rassurant s’ils ne confondaient pas Zadig de Voltaire, l’auteur du livre, le papier du chiffon… Cela devient inquiétant, dès lors que ces ministres et secrétaires d’Etat, passés à côté de la civilisation de l’imprimerie (donc barbares ?), ont entre leurs mains notre pouvoir. Car en France, jusqu’à preuve du contraire et depuis 1789, la Nation est souveraine. Cette droite ne peut pas le savoir puisqu’elle ne connaît pas notre Histoire. Au lieu d’avoir l’humilité de la lire, ils préfèrent en parler. 

Désormais, l’UMP, cette droite qui ne relie plus que deux points : Sarkozy à Marine Le Pen, théorise,  par l’intermédiaire de son Préfet nommé-jamais élu,  « l’inégalité des civilisations ». Hannah Arendt, Albert Camus et tous ceux que notre monde a pu compter d’humanistes doivent s’étouffer. Je ne chercherais pas à déconstruire ce propos tant il a été démontré qu’il ne reposait sur rien d’autre que le racisme, c’est-à-dire l’égarement. Toutefois, j’insiste sur la nécessité de prendre conscience que M. Claude Guéant inscrit ses dires dans une logique xénophobe que l’UMP a mis en place depuis 2006-2007. La xénophobie, ce n’est pas la République ! Ces gens se réclamant de droite, ne sont pas républicains. Ils n’aiment pas la France parce qu’on ne peut pas aimer la France sans en aimer, plus que tout, ses valeurs. : Liberté, Egalité, Fraternité, et ses textes fondateurs, au premier rang desquels la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Face à cette invasion frontiste, face à ces tentatives d’instiller la haine, il n’y a qu’un mot. Il n’y a qu’une action. RESISTANCE. Chacun d’entre nous doit être un homme ou une femme révolté. Sachons dire « non » devant l’inacceptable et réaffirmer, aux côtés de Camus, que « dans la révolte, l’homme se dépasse en autrui et, de ce point de vue, la solidarité humaine est métaphysique ». Faisons encore quelques pas avec lui et pleurons notre colère de n’avoir pas vu ce misérable préfet lire et entendre ces lignes « le premier progrès d’un esprit saisi d’étrangeté est de reconnaître qu’il partage cette étrangeté avec tous les hommes ». 

Je me révolte donc nous sommes. 

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commentaires
  1. Condorcet dit :

    À l’image de Serge Latchimi citant Montaigne, il m’attriste toujours de voir nombre de nos contemporains considérer que chaque individu vaut un six milliardième d’humanité et chaque civilisation désigner ses barbares…

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