Archives de décembre, 2011

C’est Noël, je suis un soir d’été. La neige ne tombe pas malgré les nuages chargés qui se baladent au-dessus de ma tête. Noël est pensé pour être seul, même entouré des siens. C’est le moment de l’année où on a le temps. Chaque année, on nous offre cet instant particulier juste après minuit, le 25 décembre, qui s’écoulera pendant près de vingt-quatre heures. Le théâtre de la vie ferme momentanément et chacun peut monter sur une scène sans public. On se retourne sur ces images qui peuplent nos âmes mélancoliques. Les ombres deviennent des rêves dans une mise en scène sans fard.

Au milieu d’un puits de lumière, je refais mes engagements. Mes discours ne sont plus écrits. La voix se trouve toute seule. Je dis tout haut ce qu’aucun public ne pourrait entendre. Je parle de mes soleils et de mes lunes. J’écris un roman dans les airs, assis sur le nuage de mes souvenirs. Quelques pas, la lumière me suit. Je veux prendre le temps, ne pas le laisser s’échapper. Alors, je m’assois en tailleur, pieds nus, sur le parquet noir et chaud. Demain tout recommencera comme si ce jour n’avait pas arrêté la représentation collective. Il faudra remettre de l’eau dans son vin, diluer le propos pour ne pas sortir la tête du rang, au risque de prendre une balle qui ne serait pas perdue. Chaque engagement a, à sa source, une flamme intérieure. La tristesse de notre époque réside en son oubli contraint par le dogme des communicants et de leur sacrosainte communication. Tout doit être lisse au risque de disparaître. Par exemple, l’Amour n’a plus sa place en politique. Je parle de l’Amour complet. Ainsi, il ne faut pas s’étonner de ne plus voir de Jaurès émerger du tréfonds de la platitude ambiante. Le premier ou la première qui osera « rallumer tous les soleils » périra dans l’indifférence brûlante des bien-pensants. De nos jours, même la marginalité est devenue majoritaire. La tendance générale est tellement à lisser tout en toute chose, que même les adeptes du « gothique crade » sont absorbés par l’élan majoritaire.

Dans tout cela, je ne suis qu’un soir d’été. La dignité nous pousse à continuer le combat, mais le premier de nos combats n’est-il pas la dignité elle-même ? La lumière s’éteint. Le rideau ne peut pas tomber. Il n’y en a plus, ils ont coupé les crédits…

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