Archives de novembre, 2011

A chaque fois que j’entends le mot « diversité », un cri du coeur me parcourt. Ce cri est celui d’Aimé Césaire : «  le nègre, il t’emmerde ». La notion est pourtant en vogue dans les milieux autorisés. Le gouvernement la promeut, les grandes entreprises l’instaurent et les médias la célèbrent. Un nombre important de jeunes engagés issus de l’immigration s’en revendiquent et souhaitent l’imposer en modèle de société. Il n’y a pas à discuter, la diversité serait l’unique modèle de vivre-ensemble. Alors, moi qui suis blanc de peau et nègre de nom, pourquoi reprendre le verdict césairien, pourquoi répondre à toutes ces bonnes volontés que le nègre qui est en moi les « emmerde » ?

Certains aimeraient me classer dans une catégorie. Qu’ils sachent que j’appartiens d’abord au genre humain et que je ne connais de communauté que la communauté nationale. Mon histoire est singulière, comme la vôtre, comme celle de chacun. Je suis « tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui ». Mes racines sont des deux côtés de la Méditerranée. J’aime autant le soucsous eg ivawen (de la semoule avec des fèves et un filet d’huile d’olive) qu’un cafe macchiatto. N’en déplaise au Jacques Chirac des années 90, je me suis construit de bruits et d’odeurs. Bruit du coke qui chauffait les froides nuits de novembre pendant que les lampadaires donnaient à nos ballons de foot des lueurs d’espoir dans la ville sidérurgique qui avait vu naître Michel Platini. Odeur des mafés, des bolognaises et des blanquettes qui mijotaient dans les marmites de nos mères. Bruit des guitares et des djembés de nos pères qui magnifiaient la douceur des fins de soirées estivales, arrosées à la sangria, au vin de groseille ou au jus de fruit. Odeur des barbecues improvisées où les viandes étaient porcine, kasher et hallal. Rien n’était plus beau que cette France-là, celle des jardins de cités minières, des places centrales de banlieues ou de villages, des cafés de centre-villes, la seule France, celle des mères  regroupées par des palabres sans fin, des anciens jouant à la pétanque et des gosses prolongeant des parties de cache-cache jusqu’à trouver la complicité de la nuit, France qui ne se comptait pas mais qui rassemblait.

Les temps ont changé : désormais, on ne regarde plus nos points communs, on se crispe plutôt sur nos différences. Il n’est plus question de singularités qui convergent mais de diversité qui s’affirme. Mauvais moments à passer pour les humanistes, sale temps pour les républicains. Si la notion de diversité s’imposait comme modèle de société, ce serait bel et bien un déni de République puisque d’une nation indivisible on ferait un peuple segmenté. On susciterait ainsi le sentiment d’une double appartenance, citoyen français d’une part et membre de quelque groupe social ou ethnique d’autre part. Ce serait la porte ouverte à toutes les dérives communautaires. Or, au risque de me répéter, la seule communauté que nous connaissons en France est la communauté nationale, communauté solidaire dont l’une des valeurs est l’égalité entre les citoyens, peu importe les différences qu’ils ont entre eux. Ce serait encore un déni de République parce qu’on ne serait plus forcément méritant pour ce qu’on fait mais pour ce qu’on est. Il suffirait alors de se prévaloir d’une quelconque originalité et d’espérer bénéficier d’un quota pour faire carrière. Est-ce cela notre définition du mérite républicain ? Non, ce que nous voulons c’est que l’on n’ignore plus nos capacités cachées par nos différences. Ce que nous voulons c’est que l’on fasse abstraction de notre personne pour, avant tout, récompenser notre travail. Ce serait enfin un déni de République parce qu’en considérant l’origine, l’apparence ou la sexualité comme un critère de sélection, plus d’un siècle de luttes en faveur de l’émancipation serait oublié. Non seulement on suspecterait tous les bénéficiaires de ces quotas réservées de ne pas mériter leur place, mais en plus on renverrait chacun à sa condition puisqu’il serait là en partie grâce à elle ! Là où la République ne voit aujourd’hui que des citoyens, on ne verrait demain que l’ouvrier, l’enfant d’immigrés, le handicapé ou l’homosexuel ; processus qui limite la liberté de l’Homme parce qu’il réduit l’ampleur de son être.

Je fais de la politique avec ambition. Je ne veux pas diviser, je veux rassembler ce qui est épars. Je ne veux pas représenter une communauté, je veux construire l’Unité républicaine. Je veux parler de tous ces mecs et de toutes ces filles avec qui j’ai grandi et qui s’appellent Ismaël, Déborah, Laura, Cécile, Rachid, Teddy, Yasmina, Stéphane, Chloé, Mamadou… Voyez cet arc-en-ciel, entendez ces prénoms, ils n’ont pas besoin d’une République de la diversité où chacun se retrancherait derrière sa différence pour se défendre. Notre République est celle du métissage où les différences importent peu puisque nous défendons tous les mêmes valeurs. Je veux parler de ces valeurs, de cette France ouvrière, employée, fonctionnaire, entreprenante, qui se lève, chaque matin, avec la volonté de vivre dignement et de préparer un avenir meilleur pour ses enfants. Le poète portugais Miguel Torga écrivait que « l’Universel c’est le local moins les murs ». Le projet de la République est un projet universel, un projet qui transcende toutes les différences pour parvenir à la liberté, à l’égalité, à la justice sociale. Et ce projet nous pouvons le réaliser maintenant et demain, ici ou ailleurs, à condition de nous épargner les murs.

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