Archives de septembre, 2011

Ce matin, j’ai mal au cœur. Dj Mehdi est mort. Nous ne nous connaissions pas personnellement. Cependant, à l’instar de beaucoup de jeunes de ma génération, je peux dire que j’avais le sentiment qu’il nous connaissait tous dans notre intimité la plus profonde. Sa musique a rythmé mon adolescence, entre rap et engagement. Combien de kilomètres ai-je marché avec mon sac de foot à l’épaule et Mehdi dans les oreilles ? Mes premiers textes, je les ai posé sur ses faces B, avec Fanfan, B-boy Litchi et Tartuffe dans l’humidité des caves de la médiathèque de Joeuf, aménagées en « studio d’enregistrement » par la municipalité qui avait omis d’y installer des micros ou au moins des chaises. Par ses mix, il nous a amené à écouter la musique dans sa complexité et dans sa richesse. Pour moi, ce fut l’une de mes portes vers de nouveaux horizons, vers d’autres cultures, vers l’autre. On ne voit la beauté qu’à travers la convergence de regards multiples. Ce matin, je pense à ces soirées où nous répétions inlassablement nos pas de danse sur ses premiers albums électro. Dj Mehdi était un vrai zoulou, au sens de la philosophie portée par Afrika Bambaataa. Le Hip-Hop est en deuil et avec lui tous ses enfants. Dans mon éducation, Dj Mehdi est aussi important que mes instituteurs de primaire, Mlle Schwabe, Mme Karyanga et M. Hurt. Certes, ils n’ont pas le même rôle, pas la même méthode, mais dans le fond, ils procèdent de la même chose : nous faire Homme, Fier et Libre. Mehdi rassemblait ce qui était épars en n’hésitant pas à mixer soul, électro, jazz, etc. Le souffle créateur de sa musique restera l’une des plus belles odes à la Liberté composées ces dernières années, dans un monde où cette valeur perd, chaque jour un peu plus, de son sens. Le roi de Paris est mort et ses frères et sœurs le pleurent à l’ombre de leurs pudeurs.

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