Vive la Tunisie libre !

Publié: 19/01/2011 dans Politique Internationale

Dimanche matin. Assis à la terrasse d’un café, place de la République, sous le doux soleil et le ciel bleu de ce mois de janvier, je prends la mesure de l’unité et du décalage. L’Unité. Cette lumière de l’Esplanade que Verlaine aimait tant, dont le reflet sur les pavés clairs rappelle les couleurs de Tunis. Il ne manque que les marches de Sidi Bou Saïdet, le sourire épicé des femmes de Carthage. L’Unité c’est notre jeunesse, notre élan et nos espoirs. Cependant, je mesure la distance qui me sépare de nos frères et sœurs de Tunisie. Décalage. En France, notre génération rêve de liberté et celle-ci revient essentiellement à consommer librement  – je ne m’exclus pas du diagnostic. En Tunisie, Leïla, Cheker, Amel, Mohamed, Houcine et tant d’autres font face aux tirs, au gaz lacrymogène et aux coups de matraque. Nous rêvons d’écrans plats et de plages immaculées pendant qu’ils prennent la Bastille. Il y a un monde entre ce qui nous émeut et leur force. Nous nous résignons et ils combattent.

Ce dimanche devant mon café-crème, la lumière vient d’Orient. « Le peuple est intelligent, c’est pas une histoire de pain, aujourd’hui, on veut être libre » dit un étudiant. Un autre d’ajouter : « Je suis un simple citoyen et je demande le pain, la dignité et la Liberté d’expression ». Ces paroles pourraient être le mot d’ordre de notre génération mais il y a ce monde entre nous. Décalage entre l’élan du peuple et l’inertie des responsables politiques, entre le pain exigé par le peuple et la tonne  d’or volée par le clan de Ben Ali, entre la force de conviction des tunisiens et le renoncement d’une bonne partie de la classe politique (notamment française). Je ressens de la honte quant à l’attitude de trop nombreux politiciens français qui, oubliant l’universalisme des valeurs issues de la Révolution française, sont devenus les modérateurs des coups de bâton reçus par les manifestants tunisiens, des balles tueuses prises par une dizaine d’entre eux, du feu dévastateur, de ces flammes désespérées qui ont emporté Mohamed Bouaziz. Comme le note Laurent Joffrin dans Libération, « il y a un parfum de 1830 dans cette chute d’un fantoche renversé par des gavroches, dans cette révolution à la française au cœur du Maghreb ». Alors que le gouvernement français (et quelques politiques de gauche) renonce aux valeurs républicaines, d’Orient nous parviennent les mots Liberté, Egalité et Fraternité.

Aujourd’hui, il nous reste à soutenir le peuple tunisien pour qu’aucune forme de fondamentalisme ne confisque cette révolution démocratique, faite par le peuple et pour le peuple. Pour que la paix, la beauté et l’amour triomphent de l’agitation, de l’abject et de la haine. Pour que la Tunisie dompte l’âme bestiale de ces hommes avides d’asseoir leurs prétentions dans le siège laissé vide par le dictateur. Vive la Tunisie libre !

Publicités
commentaires
  1. Bienvenue dans l’univers impitoyable de la blogosphère 🙂
    Sinon, j’aime bien ce template wordpress
    Je t’ai rajouté sur nos liens et annoncé ton blog.
    A+

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s