Front National : les reliques d’une illusion

Publié: 16/01/2011 dans Politique Nationale

Suffit-il de se gargariser d’un concept, sans le comprendre au sens le plus profond du terme, pour prétendre le maîtriser ? Suffit-il de se draper d’une symbolique, sans mettre ses actes au diapason, pour prétendre s’en faire le plus digne représentant ? L’extrême droite a l’air de le croire, puisqu’elle multiplie, encore plus ces dernières années, le recours à de tels procédés. Marine Le Pen pousse ce mécanisme à son faîte, notamment pour se départager de la vielle garde aux yeux du grand public (qui la juge plus ouverte, plus moderne que son père) comme des militants de la base de son parti (ceux-là mêmes qui ont fait basculer sa désignation à la présidence de son parti en sa faveur).

Sans que le FN n’en ait nullement l’apanage, nous vivons une époque où l’invocation républicaine semble se suffire à elle même, justifiant à peu près tout et n’importe quoi. Les agneaux ont-ils raison de faire confiance à la patte blanche de farine qui pointe à la fenêtre de la bergerie ? N’est-il pas de notre devoir de dénoncer ces procédés malhonnêtes ? C’est même un crime de lèse-majesté envers Marianne que de laisser ces réactionnaires pétris d’anti-républicanisme bafouer son idéal à pures fins médiatico-électorales. Qu’y a-t-il de républicain a vouloir fractionner le corps national, qu’y a-t-il de républicain à perpétuer l’antique gangrène de l’antiparlementarisme, qu’y a-t-il de républicain à dénoncer la lourdeur excessive de l’impôt, qu’y a-t-il de républicain à réduire sans ambages la devise Liberté, Égalité, Fraternité à « rien d’autre que les principes chrétiens sécularisés » (Marine Le Pen, discours d’investiture à la présidence de son parti) ?

Après avoir assisté à la mystification de son propre camp pendant des décennies (la relative réussite du FN découle en grande partie du rassemblement des extrêmes-droites françaises, des néo-nazis païens aux monarchistes catholiques intégristes) nous laisserons-nous bercer de l’illusion frontiste, qui voudrait que la communauté nationale ne se reconstitue pas avant que nous ayons épuré la société de toute altérité ? Quand bien même cela serait possible, étant donné qu’ils considèrent comme un absolu ce qui n’est qu’un éternel relatif, l’autre n’est pourtant rien de moins que l’interlocuteur essentiel au perfectionnement. Qu’offrons-nous à nos enfants comme moyen de résistance intellectuelle à de pareils artifices ? Pas grand-chose ! Dans l’ère du diktat de l’immédiateté, les reliques de contact sont les plus commodes d’utilisation : untel fait référence à ceci, ça doit être qu’il y croit, untel clame son amour de tel emblème ou se barde de fétiches, ça doit être la preuve de la sincérité de son engagement sous de telles couleurs ! Pis, ils doublent leur simonie de vulgaires incantations appropriatoires concernant aussi bien la République que la Résistance ou des auteurs tels que Péguy ou Kipling. Tout cela s’appuie sur le même ressort de la connotation communicative.

Duper les électeurs, trahir la Nation, falsifier l’Histoire, voilà leur ambition ? À nous de faire front !

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commentaires
  1. Pendragon dit :

    Et comme le disait Vincent Roca, hier, « Marine LE PEN aMENn LE Pire » !

  2. Vince dit :

    La remontée des extrêmes, de droite comme de gauche, peut être le reflet d’un désaveux des parties traditionnels vis-à-vis de l’opinion publique.

    Les gens, voyant l’image que renvoie les partis traditionnels comme le PS (les médias mettant l’accent sur les querelles internes et l’absence de véritable voix d’oposition) et l’UMP (ais-je besoin de le préciser? Président de moins en moins cru, lassant de par son attitude égocentrique, trop sur la forme et pas assez dans le fond) se tournent vers les partis plus extrêmes par manque d’information. Ceux-ci, par des discours forts et simplistes (« tel truc nous emmerde, on va le changer ») peuvent facilement plaire à un électorat un peu blasé d’un jeu politique déjà trop vu à leurs goûts.

    Dans cette optique, c’est effectivement à vous de faire front, pour pouvoir montrer à l’électorat qu’un renouveau au sein des partis traditionnels est possible, et qu’il n’est juste pas nécessaire de se tourner vers des partis incompétents pour ressentir le changement.

    • Christophe BORT dit :

      Tout à fait d’accord avec toi, Vince, c’est l’essence même de notre engagement !

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