Archives de janvier, 2011

Depuis six ans, je me bats pour la fusion des quatre universités de Lorraine au sein d’une entité unique. Je l’ai fait en tant qu’administrateur, puis en tant que Vice-Président étudiant de l’Université Paul Verlaine de Metz, au sein de l’équipe du Président Luc Johann. Je crois que cette fusion est un acte décisif pour notre territoire.

L’Université de Lorraine permet de doter notre région d’un établissement au niveau des dix meilleures universités françaises, capable de rivaliser avec les grands campus européens. Pour une université comme celle de Metz, qui compte près d’un tiers d’étudiants boursiers (sur critères sociaux), cela prend une dimension sociale prépondérante car l’université est l’un des derniers ascenseurs républicains qui fonctionnent en France. De plus, cette fusion s’intègre parfaitement au « pacte territorial » que j’ai défendu aux côtés du Président Jean-Pierre Masseret lors des élections régionales de mars 2010. Notre volonté est de permettre à chaque citoyen de  Lorraine d’être au plus près des acteurs institutionnels et économiques qui l’entourent. Il s’agit surtout de donner des perspectives de vie à l’ensemble des jeunes Lorrains qui partent trop souvent vers d’autres contrées. L’Université de Lorraine s’inscrit totalement dans le combat que j’ai mené avec Julie Coudry et la Confédération Étudiante pour que l’insertion professionnelle des jeunes diplômés soit garantie, notamment en faisant reconnaître l’orientation et l’insertion comme troisième mission de l’Université française (après la Recherche et l’Enseignement) en 2007.

Par ailleurs, je tiens à souligner l’importance symbolique de la fusion des trois universités nancéiennes et de l’université messine. A plusieurs reprises, la Lorraine a payé un lourd tribut à l’Histoire : annexions allemandes en 1870 et 1940, restructuration de l’industrie sidérurgique avec la suppression de plus de 20 000 emplois en 1984, fermeture des mines dans les années 90, sans compter le départ prochain des forces armées. Depuis une quarantaine d’années, notre région est considérée comme une « lointaine terre de grisaille » par les nains du parisianisme, oublieux du génie lorrain que tant de géants de la pensée et de l’action ont chéri. Trop longtemps, les gouvernements successifs n’ont pas investi dans ce territoire au cœur de la mégalopole européenne. A l’instar du Centre Pompidou – Metz, l’Université de Lorraine va changer cette vision négative, insuffler le renouveau.

À tous ceux qui doutent, je les invite à prendre le TER de la ligne Metz/Conflans-Jarny et à regarder les friches industrielles qui défilent à partir de Gandrange, Rombas, Moyeuvre-Grande, Jœuf et Homécourt ; regardez les fantômes de nos parents et de nos grands-parents, venus de toute la France, de Belgique, d’Italie, de Pologne, du Maghreb, animer ces cathédrales d’acier d’où sortaient les flammes des Trente Glorieuses. À tous ceux qui prennent parti contre la fusion des campus de Nancy et de Metz, l’Histoire ne leur pardonnera pas. Ecoutez l’écho encore perceptible des pleurs et de la rage des sidérurgistes de Longwy, le long des cortèges défilant à Paris le 13 avril 1984. L’Université de Lorraine va panser les plaies et sécher ces larmes – c’est aussi en pensant à mon grand-père que je me suis battu pour elle. Enfin, à tous ceux qui guerroient contre ce projet, je leur dis qu’ils ne bataillent pas pour la jeunesse mais contre son avenir. C’est en pensant à ma génération et aux suivantes que je me suis prononcé pour la fusion des universités car, dans une économie de la connaissance, la recherche et l’enseignement supérieur sont désormais les nouvelles flammes de la Lorraine.

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Dimanche matin. Assis à la terrasse d’un café, place de la République, sous le doux soleil et le ciel bleu de ce mois de janvier, je prends la mesure de l’unité et du décalage. L’Unité. Cette lumière de l’Esplanade que Verlaine aimait tant, dont le reflet sur les pavés clairs rappelle les couleurs de Tunis. Il ne manque que les marches de Sidi Bou Saïdet, le sourire épicé des femmes de Carthage. L’Unité c’est notre jeunesse, notre élan et nos espoirs. Cependant, je mesure la distance qui me sépare de nos frères et sœurs de Tunisie. Décalage. En France, notre génération rêve de liberté et celle-ci revient essentiellement à consommer librement  – je ne m’exclus pas du diagnostic. En Tunisie, Leïla, Cheker, Amel, Mohamed, Houcine et tant d’autres font face aux tirs, au gaz lacrymogène et aux coups de matraque. Nous rêvons d’écrans plats et de plages immaculées pendant qu’ils prennent la Bastille. Il y a un monde entre ce qui nous émeut et leur force. Nous nous résignons et ils combattent.

Ce dimanche devant mon café-crème, la lumière vient d’Orient. « Le peuple est intelligent, c’est pas une histoire de pain, aujourd’hui, on veut être libre » dit un étudiant. Un autre d’ajouter : « Je suis un simple citoyen et je demande le pain, la dignité et la Liberté d’expression ». Ces paroles pourraient être le mot d’ordre de notre génération mais il y a ce monde entre nous. Décalage entre l’élan du peuple et l’inertie des responsables politiques, entre le pain exigé par le peuple et la tonne  d’or volée par le clan de Ben Ali, entre la force de conviction des tunisiens et le renoncement d’une bonne partie de la classe politique (notamment française). Je ressens de la honte quant à l’attitude de trop nombreux politiciens français qui, oubliant l’universalisme des valeurs issues de la Révolution française, sont devenus les modérateurs des coups de bâton reçus par les manifestants tunisiens, des balles tueuses prises par une dizaine d’entre eux, du feu dévastateur, de ces flammes désespérées qui ont emporté Mohamed Bouaziz. Comme le note Laurent Joffrin dans Libération, « il y a un parfum de 1830 dans cette chute d’un fantoche renversé par des gavroches, dans cette révolution à la française au cœur du Maghreb ». Alors que le gouvernement français (et quelques politiques de gauche) renonce aux valeurs républicaines, d’Orient nous parviennent les mots Liberté, Egalité et Fraternité.

Aujourd’hui, il nous reste à soutenir le peuple tunisien pour qu’aucune forme de fondamentalisme ne confisque cette révolution démocratique, faite par le peuple et pour le peuple. Pour que la paix, la beauté et l’amour triomphent de l’agitation, de l’abject et de la haine. Pour que la Tunisie dompte l’âme bestiale de ces hommes avides d’asseoir leurs prétentions dans le siège laissé vide par le dictateur. Vive la Tunisie libre !

Suffit-il de se gargariser d’un concept, sans le comprendre au sens le plus profond du terme, pour prétendre le maîtriser ? Suffit-il de se draper d’une symbolique, sans mettre ses actes au diapason, pour prétendre s’en faire le plus digne représentant ? L’extrême droite a l’air de le croire, puisqu’elle multiplie, encore plus ces dernières années, le recours à de tels procédés. Marine Le Pen pousse ce mécanisme à son faîte, notamment pour se départager de la vielle garde aux yeux du grand public (qui la juge plus ouverte, plus moderne que son père) comme des militants de la base de son parti (ceux-là mêmes qui ont fait basculer sa désignation à la présidence de son parti en sa faveur).

Sans que le FN n’en ait nullement l’apanage, nous vivons une époque où l’invocation républicaine semble se suffire à elle même, justifiant à peu près tout et n’importe quoi. Les agneaux ont-ils raison de faire confiance à la patte blanche de farine qui pointe à la fenêtre de la bergerie ? N’est-il pas de notre devoir de dénoncer ces procédés malhonnêtes ? C’est même un crime de lèse-majesté envers Marianne que de laisser ces réactionnaires pétris d’anti-républicanisme bafouer son idéal à pures fins médiatico-électorales. Qu’y a-t-il de républicain a vouloir fractionner le corps national, qu’y a-t-il de républicain à perpétuer l’antique gangrène de l’antiparlementarisme, qu’y a-t-il de républicain à dénoncer la lourdeur excessive de l’impôt, qu’y a-t-il de républicain à réduire sans ambages la devise Liberté, Égalité, Fraternité à « rien d’autre que les principes chrétiens sécularisés » (Marine Le Pen, discours d’investiture à la présidence de son parti) ?

Après avoir assisté à la mystification de son propre camp pendant des décennies (la relative réussite du FN découle en grande partie du rassemblement des extrêmes-droites françaises, des néo-nazis païens aux monarchistes catholiques intégristes) nous laisserons-nous bercer de l’illusion frontiste, qui voudrait que la communauté nationale ne se reconstitue pas avant que nous ayons épuré la société de toute altérité ? Quand bien même cela serait possible, étant donné qu’ils considèrent comme un absolu ce qui n’est qu’un éternel relatif, l’autre n’est pourtant rien de moins que l’interlocuteur essentiel au perfectionnement. Qu’offrons-nous à nos enfants comme moyen de résistance intellectuelle à de pareils artifices ? Pas grand-chose ! Dans l’ère du diktat de l’immédiateté, les reliques de contact sont les plus commodes d’utilisation : untel fait référence à ceci, ça doit être qu’il y croit, untel clame son amour de tel emblème ou se barde de fétiches, ça doit être la preuve de la sincérité de son engagement sous de telles couleurs ! Pis, ils doublent leur simonie de vulgaires incantations appropriatoires concernant aussi bien la République que la Résistance ou des auteurs tels que Péguy ou Kipling. Tout cela s’appuie sur le même ressort de la connotation communicative.

Duper les électeurs, trahir la Nation, falsifier l’Histoire, voilà leur ambition ? À nous de faire front !