reprendre la conversationRécemment, on ne m’invita non pas au silence mais plus précisément à l’insonorité. Un petit coup de pression amical, à l’ancienne, qui faisait un peu vite l’impasse sur le fait que je viens du Pays-haut sidérurgique, ce qui ne s’oublie pas, même en faisant son nœud de cravate tous les matins. Par principe, quand on me dit de me taire, je me pose la question de parler. Encore plus quand il ne s’agit pas d’injonction au silence mais à l’absence de bruit.

Sans trop savoir ce que cela veut dire, il faudrait que je conserve « toutes (mes) chances qui viendront plus tard, dans quelques années ». Il faudrait attendre son heure sans bruit. Tapis dans l’ombre. Prêt à bondir quand on nous en aura donné la permission. Il ne faudrait pas dire. Il ne faudrait pas parler. Il ne faudrait pas rencontrer. Il ne faudrait pas vivre. Comme si la politique se réduisait à un ensemble de coups tactiques. Juste du jeu. Tellement qu’il ne resterait que « je ». « Moi avec moi », nous pourrions nous enlacer gaiement dans une cabine téléphonique. On pourrait même être les chefs de la cabine. Problème : où trouver une cabine téléphonique ?

La politique ce n’est pas cela. C’est de la parole, c’est l’ordre du discours, qui met en son les idées, les convictions. La politique c’est l’équilibre des bruits. C’est même l’art d’en faire parce que sans bruit, l’autre disparaît. N’importe quel « je » ne fera jamais rien seul. Il faut vibrer pour créer une énergie collective et rassembler ce qui est épars. Il faut vibrer pour construire ; pour servir sans se servir ni asservir.

Il y a une différence fondamentale entre l’insonorité et le silence. Le silence est d’or. L’insonorité est de plomb. Le silence protège soi et les autres. Le silence est un apprentissage. L’insonorité est une hypocrisie, un mépris, un naufrage.

Chacun est libre de garder le silence, mais tous seraient contraints de ne pas émettre de son. Mon silence est ma Liberté. L’insonorité, loin de cela, est une remise en cause de cette Liberté.

le Parlement, mouettes

Le Parti socialiste crève de son tiraillement entre la cacophonie des egos et ces insonorités forcées. Le Parti socialiste ne connaît que trop rarement le bruit et le silence. Il s’enferme dans l’absence de son par peur de dissonance. Je suis entré au parti socialiste il y a onze ans parce que je le rêvais comme le parti du bruit et du rythme, celui qui vibre son époque, la saisit et en fait une société de Liberté et de Justice. Ces dernières années, une tendance tente d’absorber toute vibration. A la manière d’installateurs de machines à laver, ils essayent par tous les moyens d’éviter que ce parti ne vibre. Ils le calent entre deux discours formés d’éléments de langage abscons qui déroutent jusqu’à nos plus fidèles militants. Au final, s’ils ont la tranquillité d’esprit d’un parti sans vibrations, ils obtiennent surtout un parti sans âme. Un ordre établi insonore qui, par définition, est conservateur.

Certains se cachent derrière la « synthèse » de François Hollande pour justifier cette démarche. Ils oublient que l’art de la synthèse, c’est l’art de mettre en harmonie un ensemble polyphonique. Ce n’est en aucun cas l’étouffement généralisé des instruments à vents, la découpe des cordes et faire la peau des percussions. Là où François Hollande était un chef d’orchestre, ils ne sont que de petits répétiteurs qui, en empêchant les bavardages, ne font que les multiplier davantage. Le répétiteur est malin. C’est un animal administratif qui s’adapte à tout pour rester à sa bonne place de répétiteur. Il sent le vent. Alors, il finit par prétexter ces bavardages pour nous faire croire que nous sommes libres. Il dit « regardez comme ce parti est multiple, les gens agitent les lèvres ! ». Mais le bavardage n’est qu’une soupape inventée par l’institution pour empêcher la révolte. Ce ne sont pas des bavardages qui renversent l’ordre établi. Ce ne sont pas des bavardages qui ont aboli la peine de mort, obtenu le droit à la contraception et à l’avortement, imaginé l’impôt progressif, abaissé l’âge de la retraite, encadré la durée du temps de travail, permis les congés payés, etc.
Toutes ces victoires sociales sont d’abord des désaccords devenus des idées, propagées par des discours et devenues des libertés inscrites dans le marbre de la République par la Parole. Celle des socialistes notamment.

Au Parti socialiste, nous avons besoin de sons, de silences, de rythmes et de désaccords ! Si le Parti socialiste devient celui de l’insonorité alors il disparaitra. Ce ne serait pas forcément grave en tant que tel car il ne s’agit là que d’un outil. Ce serait triste parce qu’il y a là des femmes et des hommes volontaires, une Histoire partagée qui pourrait être le socle d’un présent ambitieusement fraternel.

Alors, on en fait… du BRUIT ?

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« Mots, profits d’un quart d’heure arrachés à l’arbre calciné du langage, entre les bons jours et les bonnes nuits, portes d’entrée et de sortie, entrée d’un corridor qui va de nulle part à nulle part »

Octavio Paz, Vers le Poème in Liberté sur parole

Yoan HADADI                              Nicolas QUENOUILLE

Vice-président                                Etudiant en Philosophie

Ré-Génération                               Université de Strasbourg

 

Un triste dimanche gris dans l’est. Un score tombe telle la lame d’une guillotine rouillée. La tête roule toute la nuit. Continue de rouler le lundi. Le mardi : on entend des cris à 19h, jusque sur les ondes de la BBC. Elle poursuit sa course les jours d’après, cette tête dont le corps s’est défait.

L’attitude du candidat arrivé troisième lors du premier tour des élections régionales dans le Grand Est a de quoi interroger. Elle questionne le rapport au verbe politique que nous, militants socialistes, entretenons. Comme sidérés devant les images retransmises par BFM ou I>Télé, on écoute, prononcés à renfort de grands mouvements de bras et de doigts pointés, les mots de « résistance » et de « révolte ». Le regard subjugué, on cherche à comprendre, sans y parvenir vraiment – ces mots, ressentons-nous, ont perdu de leur sens. Résister… Se Révolter…

Nous considérons que la résistance n’est pas l’entêtement. Résister, c’est défendre des valeurs, se révolter contre l’humiliation qu’on leur fait ; l’entêtement, c’est le refus d’avancer. Mais vers où le candidat sortant ne souhaite-t-il pas avancer davantage ? Où veut-il bien s’arrêter ? Quand il prétend résister, il s’accroche plutôt. Il s’agrippe même. Il sacrifie la concrétisation immédiate de ses valeurs, qui consisterait à barrer la route au parti de la haine, pour conserver des positions et s’époumoner inutilement dans un hémicycle. En cela, il est conservateur.

Eugène_Delacroix,_La_liberté_guidant_le_peuple

Nous considérons que la révolte est l’étincelle de toute transformation sociale, mais nous pensons aussi que le candidat défait la trahit. Se révolter contre l’essor de la haine, c’est chercher à l’endiguer concrètement et, par des actes, changer autant qu’on peut le cours tumultueux du monde. En se maintenant, le troisième candidat préfère une lutte orale, un cri étouffé tant par la masse d’un hémicycle où il sera bien seul, que par le bruit des bottes qu’il aura participé, indirectement et inconsciemment, à mettre en marche. La révolte, si elle n’est que médiatique et se paie simplement de mots, n’est plus la révolte.

Finalement, l’attitude de celui que nous soutenions est conservatrice et contraire à l’idée même de la révolte qui, comme le rappelle Léon Blum, est au fondement du socialisme. Pire, cela représente pour nous un danger : celui d’abandonner les rênes de notre région au FN pour qu’il y applique délibérément son programme, dévoyant la laïcité pour stigmatiser toujours plus les musulmans ou les juifs ; dévoyant la fraternité en dressant des murs de haine entre nous ; dévoyant l’égalité en privilégiant les uns au détriment d’autres qui seraient mal nés ; et dévoyant enfin la liberté, entravée lorsqu’elle n’est pas exercée conformément aux idées fixes de l’extrême-droite.

Pour que la révolte soit encore possible demain, et que la porte reste ouverte au progrès social, nous choisissons en conscience de voter pour le seul candidat républicain en capacité de battre le FN. Sans rien oublier de ce qui nous sépare de la droite et avec la volonté intacte de poursuivre notre engagement, nous voterons pour notre adversaire, afin de battre notre ennemi. Nous voterons pour M. Richert.

109 ans après la Loi de séparation des Églises et de l’État, le paysage politique, social et culturel a bien changé, mais la question de la place de la religion dans notre société est unÉtats Générauxe fois de plus débattue publiquement.

Pour autant, les discussions qu’elle suscite souffrent d’un problème majeur que l’on peut résumer par cette question : est-ce la Laïcité qui est remise en cause par le repli de quelques-uns vers une conception réactionnaire de l’une ou l’autre religion ? Ou bien ces comportements sont-ils plutôt l’expression visible, médiatiquement et socialement, d’un manque de République ?

Les citoyens ne sont pas naturellement rétifs à l’assimilation bienveillante d’une République qui leur ouvrirait les bras, pas plus qu’une religion n’est naturellement hostile au modèle de vivre ensemble que notre République promeut. Dans un contexte de crise économique et sociale, de chômage de masse, d’exclusion croissante entraînant une perte des repères inhérents à nos sociétés occidentales, le repli sur soi et la tentation communautariste surgissent traditionnellement. Ce sont le rejet et le dogmatisme, crispations partagées par les extrémistes de tous les bords, qu’il nous faut combattre en toute circonstance, afin que ces postures artificielles cessent d’apparaître comme des solutions !

Parce que le Parti Socialiste est l’héritier d’une volonté profonde de transformation de la société, notamment portée par le mouvement associatif et qu’il doit en être l’accompagnateur et le continuateur, parce que le pouvoir que nous assumons actuellement est maître et arbitre de la survie des associations au travers de leur subventionnement, la situation de fracture sociale doit nous amener à réactiver fortement ce levier indispensable qu’est l’Éducation Populaire. Bien plus efficacement que toute stigmatisation ou répression, l’accompagnement et les divers échanges que garantit un secteur associatif dynamique manquent cruellement à une large partie de la population, ce qui pousse certains dans le giron des extrémistes de tout poil, gourous des jours de crise ou autres marchands de sable.

Or, les associations traversent actuellement une période d’extrêmes difficultés, qui les bride voire les détourne de leur principale mission d’Éducation Populaire. En tant que socialistes, nous devons porter une attention toute particulière à ce mal qui produit un irrémédiable repli sur soi communautariste, que le prétexte en soit religieux, ethnique, sexuel ou quoi que ce soit d’autre.

Ainsi, pour une Laïcité réaffirmée et renforcée, base d’un vivre ensemble apaisé, nous appelons à une réflexion nationale sur les missions et le financement de l’Éducation Populaire afin de régénérer le mouvement associatif.